Qui était Freddie Mercury, l’iconique leader du groupe Queen ?

A l’occasion de la sortie le 31 octobre prochain du film « Bohemian Rhapsody » retraçant la carrière du chanteur, retour sur la vie du charismatique et décadent Freddie Mercury. 

Si le nom de Farrokh Pluto Bulsara ne vous dit rien, celui de Freddie Mercury doit vous parler davantage. Né le 5 septembre 1946 dans le protectorat de Zanzibar d’une famille relativement aisée, le petit Farrokh grandit en Inde où il est envoyé poursuivre ses études en internat à l’âge de sept ans. C’est là-bas qu’il découvre la musique et commence à apprendre le piano, une activité pour laquelle il se passionne. Talentueux, il progresse à une telle vitesse que le proviseur de l’établissement suggère à ses parents de lui payer des études de musique. L’adolescent de 12 ans rejoint son premier groupe en tant que pianiste en 1958 avec quelques élèves, The Hectics, où ses camarades le surnomment Freddie. De retour à Zanzibar en 1962, la révolution pousse la famille Bulsara à quitter l’île deux ans plus tard. Ils s’envolent pour l’Angleterre et s’installent dans le quartier de Feltham, dans l’Ouest londonien.

La formation de Queen

C’est à Londres que Freddie découvre les Beatles, Jimi Hendrix, Elvis Presley ou encore Liza Minelli, des styles musicaux différents qui vont s’inscrire comme les influences musicales du futur chanteur. Il étudie les arts au Ealing Art College et s’installe dans le quartier de Kensington, foyer culturel et artistique de la ville où il fait la rencontre d’un certain Brian May, guitariste, et du batteur Roger Taylor. Passionnés de musique, les trois garçons ne tardent pas à jouer ensemble au seins de plusieurs groupes éphémères jusqu’à former le groupe Smile en 1970, formation qui sera rapidement rebaptisée Queen par Freddie qui prend le surnom de « Mercury ». Il dessine le logo du groupe, rejoint en 1971 par le bassiste John Deacon qui complète définitivement le quatuor. 

Rien ne prédestinait le jeune Farrokh Bulsara à devenir une rock-star : discret, maigre, au teint indien et très complexé par sa dentition, rares étaient ceux qui auraient pu imaginer cet adolescent remplir vingt ans plus tard le stade de Wembley. Un de ses professeurs lui aurait même avoué  « Tu ne seras jamais une rock-star Freddie. » Une phrase à laquelle il aurait répondu « Je ne serai pas une rock-star. Je serai une légende. » Qu’il eut lieu ou non, cet échange façonne le mythe Freddie Mercury.

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Queen en 1977. De gauche à droite, Roger Taylor (batterie), Freddie Mercury (chant, piano), Brian May (guitare) et John Deacon (basse).

Leader d’un groupe au succès planétaire

Le succès de Queen tient à la fois à la multitude des styles approchés par le groupe comme aux talents individuels des quatre membres. 

Hard-rock, glam-rock, opéra-rock, rock-baroque, pop, disco… Tant de styles pouvant qualifier Queen. De l’élégant Killer Queen (1974) à l’entraînant Another One Bites the Dust (1980), il est parfois difficile d’imaginer l’étendue du style du groupe. Couronné de succès avec des titres comme We Are The Champions (1977), I Want To Break Free (1984) et I Want It All (1989), le groupe demeure tout de même identifié à un morceau en particulier : Bohemian Rhapsody. Composé en 1975 par Freddie Mercury, Bohemian Rhapsody est à la fois une ballade, un opéra, un titre de hard-rock sans refrain ni composition traditionnelle. D’une durée de près de six minutes, il était inconcevable d’entendre un morceau si long et si osé sur les ondes. Pourtant, le succès a été immédiat, et ce titre est aujourd’hui considéré comme l’un des plus beaux chefs-d’oeuvre de l’histoire de la musique moderne. 

Souvent dans l’ombre du charismatique homme de scène, les trois autres musiciens de la formation étaient d’excellents musiciens et compositeurs. C’est en effet au bassiste John Deacon que l’on doit Another One Bites The Dust cité plus tôt, ou You’re My Best Friend (1976). A la 39e place du classement des plus grands guitaristes de tous les temps du magasine Rolling Stone, Brian May démontre l’étendue de son talent au manche sur le solo de Brighton Rock (1974) mais aussi de compositeur avec We Will Rock You (1977). Le batteur Roger Taylor est lui aussi compositeur de tubes comme Radio Ga Ga (1984) et A Kind of Magic (1986).

Néanmoins, le succès de Queen tient essentiellement à la personne de Freddie Mercury dont les performances vocales et scéniques ne cessent d’être saluées.

Un showman exceptionnel

« Parmi les rockers les plus théâtraux, Freddie est celui qui a tout poussé plus loin que  les autres. C’était vraiment un homme capable de tenir toute l’assistance dans la paume de sa main. »

C’est ainsi que David Bowie exprime son admiration pour les talents d’homme de scène de son ami Freddie Mercury. Avec près de 700 concerts donnés à travers le monde avec Queen, Mercury est considéré comme l’un des plus grands frontmen de l’histoire. On ne compte plus le nombre de tenues exubérantes avec lesquelles Mercury a parcouru les styles tout au long de sa carrière. Kimono, costumes satinés, arlequin, cuir, travestissement, marcel moulant, célèbre veste jaune, cheveux longs, mi-longs, courts, moustache, pas moustache… Rien ne semblait arrêter Freddie, qui était capable d’arriver sur scène à vélo ou de chanter assis sur le dos de Dark Vador. 

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A droite, Freddie Mercury sur le dos de Dark Vador lors de la tournée « The Game » en 1980.

Le 13 juillet 1985 a lieu le Live Aid, un concert à vocation humanitaire donné au stade de Wembley à Londres dans le but de lever des fonds pour soulager la famine en Ethiopie. Parmi les artistes présents à ce qui est surnommé « le concert du siècle », de grands noms tels que U2, Dire Straits, Phil Collins, The Who, Bob Dylan ou Paul McCartney. Mais ce 13 juillet, toute l’attention est accordée au passage de Queen. Une prestation époustouflante, notamment celle de Freddie Mercury qui captive une foule de 70 000 spectateurs en délire, qui amènera le groupe à effectuer une tournée des stades en 1986 dont un retour sensationnel à Wembley et un grand show à Budapest.

Un talent vocal hors du commun

La voix si singulière de Freddie Mercury est reconnaissable par tous, faisant de lui un des plus grands chanteurs du XXe siècle. Lors d’un sondage britannique basé sur le vote d’environ 600 000 personnes, le leader de Queen se classe sixième meilleur chanteur de tous les temps. Un talent vocal hors du commun, qui a même fait l’objet de récentes études scientifiques. 

Les travaux menés par l’université d’Olomouc en République tchèque ont prêté à Mercury une capacité vocale nettement supérieure à la moyenne avec une capacité de chanter sur quatre octaves. Une conclusion partagée par la cantatrice espagnole, amie et collaboratrice du chanteur Montserrat Caballé qui ajoute :

« Sa technique était impressionnante. Pas de problème de tempo, il chantait avec un sens du rythme incisif et glissait d’un registre à un autre sans effort. Il avait une grande musicalité. Son phrasé pouvait être subtil, délicat et doux ou bien énergique et claquant. »

Des mots pour le moins flatteurs de « La Superba ».

Carrière solo

On ne peut pas dire que la carrière solo de Freddie Mercury soit une grande réussite. Son premier single Love Kills (1984) et son album Mr. Bad Guy (1985) rencontrent un succès relatif. Dès lors, il ne tarde pas à retrouver Queen et de travailler sur de nouveaux albums. Mais il poursuit en parallèle sa carrière solo et en 1987 sort The Great Pretender, une reprise de la chanson de The Platters où il apparaît dans le clip pour la première fois sans sa moustache qu’il gardait depuis le début des années 1980. Cette-fois, la chanson est applaudie par la critique et les fans de Queen. 

Mais ce qui reste le plus gros projet de la carrière solo de Freddie Mercury demeure l’enregistrement d’un album avec la soprano catalane Montserrat Caballé. Fasciné par la voix de la cantatrice, Mercury renoue avec sa passion de toujours, l’opéra, et le projet est réussi. Acclamé par par la critique, le titre Barcelona devient l’hymne officiel de la ville ainsi que le thème des Jeux Olympiques de 1992.

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Montserrat Caballé et Freddie Mercury en 1988.

Une vie d’excès

Au-delà de ses capacités vocales et scéniques, Freddie Mercury est également célèbre pour sa vie privée tumultueuse. Bien que charismatique sur scène, c’était un homme sensible et très discret sur sa vie sentimentale qu’il n’évoquait jamais en public. Véritable icône du monde homosexuel, il vivait la nuit dans des clubs à Munich comme à New York. Il déclara dans une de ses rares interview en 1985 « Je vis pour le sexe. Je souhaite à tout le monde de faire comme moi et de s’envoyer en l’air ! » La même année, il organisa une gigantesque fête à Munich pour célébrer son 39e anniversaire où drogue, alcool et sexe étaient les maîtres-mots.

Selon certains proches, « il était capable de coucher avec n’importe qui, et ce tous les soirs. » Une addiction qui lui coûtera le virus du SIDA, dont il apprend sa séropositivité en 1987. Dès lors, Freddie se rend compte de la gravité de la nouvelle et décide de mener une vie plus tranquille. Soutenu jusqu’au bout par son compagnon Jim Hutton, il lutte mais son état s’aggrave jusqu’au soir du 24 novembre 1991, où il meurt d’une pneumonie contractée par le virus du VIH à son domicile à Londres. 

Rami Malek interprète Freddie Mercury dans le film Bohemian Rhapsody, et c’est en salle le 31 octobre. Galileo Figaro.