C’est dur de dire non à Dieu

« Spotlight », est une petite équipe de journalistes d’investigation du Boston Globe. Ce film lui aussi d’investigation, nous en fait une présentation très convaincante à travers un scandale concernant des prêtres catholiques pédophiles. Son lien direct avec les récents discours du Pape au sujet des violences sexuelles au sein de l’Église est un atout majeur, mais c’est l’immersion du spectateur dans le quotidien de Spotlight qui le rend puissant et magistral. Il n’est donc pas étonnant que l’équipe du Boston Globe ait été lauréate du Prix Pulitzer en 2003. Tom McCarthy rend hommage à ces investigateurs dont l’héritage se trouve à travers les articles de nombreux journaux du monde entier.

Comment leur est venue l’idée ?

Le rédacteur en chef du Boston Globe, suivant le combat de l’avocat Garabedian contre ces crimes dans les journaux, décide de le soutenir en chargeant l’équipe Spotlight d’établir une liste des prêtres coupables. Les ventes du Globe étant en baisse, ces travaux permettraient de les relancer dans le même temps. Le but des journalistes est donc de prouver la culpabilité de 13 prêtres de Boston. Mais ils se rendent rapidement compte que le cardinal de la paroisse de la région, et même des hauts placés dans la hiérarchie catholique ont contribué à couvrir les coupables ainsi qu’à faire taire les victimes par menaces ou arrangements financiers. C’est donc à l’aide de témoignages que Spotlight parvient à identifier de plus en plus de coupables et à établir une liste de noms qui ne se limite plus aux 13 prêtres de départ. L’article est réellement paru en 2002, soit un an après le début de l’enquête (repoussée à cause des attentats du 11 septembre 2001).

Pourquoi ce film, et pas un autre ?

Spotlight a ainsi donné l’impulsion a de nombreux scandales similaires qui ont éclaté partout sur la planète.

C’est un sujet qui fait encore aujourd’hui débat et qui a été relancé par le Pape François à la fin de l’été. Ce dernier accusait près de 300 cas d’abus sexuels en Pennsylvanie depuis 2002 au sein de l’Église et faisait part de « sa honte et sa souffrance face à l’échec des autorités ecclésiastiques à affronter de manière adéquate les crimes ignobles du clergé ». Ces déclarations ont été faites suite à la demande de démission de François par un ancien diplomate du Vatican : ce dernier l’accuse d’avoir couvert les abus pédophiles d’un cardinal américain (Le Monde, article du 27 août 2018). Stéphanie Le Bars, correspondante au Monde à Washington, publie également un article dans le journal du 14 septembre 2018 et y évoque le choc entraîné chez les fidèles suite à ces nouvelles, manifestant de fait leur mécontentement en se rassemblant devant l’ambassade du Vatican à Washington. Le film, mais aussi les articles parus cet été (pour n’en avoir cité que deux du quotidien Le Monde) dénoncent le poids de l’Église sur certaines instances politiques et juridiques, tandis que Spotlight évoque en 2002 la corruption d’avocats par l’Institution religieuse. Al Krista, présentateur sur la radio Ave Maria, est aujourd’hui consterné car « les religieux inculpés ne démissionnent jamais de leur plein gré, ils doivent toujours être poussés à le faire par la justice ou la presse non confessionnelle. »

De manière évidemment subjective, Spotlight vient redonner du sens aux métiers du Journalisme. Étant donnée l’image négative actuelle de la presse véhiculée par de nombreuses personnes, il paraissait nécessaire de dire que les journalistes ne sont pas des professionnels du sensationnel. Ils sont avant tout un relais entre les citoyens et leur société, et doivent faire avancer les débats publics. Autrement dit, ce travail qualitatif vient combler le manque de transparence qu’il peut parfois y avoir entre le citoyen et les institutions. Sans l’enquête menée par Spotlight, les victimes auraient-t-elles pris la parole ? En plus de dénoncer certaines actions de l’Église, le film rappelle aussi que la liberté de la presse est une véritable chance, car de tels scandales n’auraient pas pu éclater aussi facilement dans des États où la presse est soumise à un fort contrôle, et où parfois, les institutions religieuses ont un pouvoir prépondérant.