Bolsonaro, valse avec les fachos

Après des semaines d’attente, entre la crainte et la colère, les Brésiliens ont choisi d’élire à la tête de leur beau pays avec 55% des votes Jair Bolsonaro, figure de l’extrême-droite, aux propos sexistes, homophobes et racistes. Un bond en arrière qui réveille les souvenirs les plus moroses de l’histoire brésilienne.

L’horrible petit canard

Le réveil de ce matin ressemblait à une horrible gueule de bois. Pas la gueule de bois des lendemains de soirées alcoolisées, mais plutôt celle des déceptions qui nous tombent sur la tête. Avec 55% des voix, Jair Bolsonaro devient le nouveau président du plus grand pays sud-américain. Celui qui s’auto-désigne non pas comme un vilain petit canard mais comme « un horrible petit canard » a donc été élu par une majorité de Brésiliens qui ont trouvé judicieux de remplacer les politiques corrompus par un homme qui multiplie les dérapages.

Bolsonaro, c’est d’abord des propos sexistes. « Jamais je n’irai vous violer, vous ne méritez même pas ça« , lançait-il à une député de gauche en 2003, avant de conclure sa phrase par un non moins chaleureux « Salope. » Pas plus classe que son intervention de l’an passé, où il déclarait : « J’ai quatre garçons. Pour le cinquième, j’ai eu un coup de mou et ça a été une fille« .

Mais cet ancien militaire ne s’arrête pas à cela. Il est aussi un exemple en matière d’homophobie, proférant ainsi qu’il aimerait voir son fils mourir dans un accident de voiture s’il était homosexuel, ou déclarant encore que s’il voyait deux hommes dans la rue en train de s’embrasser, il les frapperait.

Quelle politique ?

Au-delà des interventions chocs qui permettent à ce sombre personnage d’exister, la politique qu’il prône n’est pas moins inquiétante. En plus d’un programme ultra-libéral sur le plan économique, il est en passe d’instaurer un état sécuritaire digne des pires régimes autoritaires, avec la volonté d’assouplir la législation sur le port d’armes, et d’augmenter les incarcérations. La situation est d’autant plus alarmiste quand on sait quelle position Bolsonaro occupe vis-à-vis de la dictature qui a duré de 1964 à 1985, déclarant en 2016 que « l’erreur de la dictature a été de torturer sans tuer. »

Bolsonaro salit ainsi l’histoire de son pays, déjà bien assez compliquée telle qu’elle est. Il est fortement soutenu par les entreprises surpuissantes de l’agrobusiness, et a promis qu’il ne laisserait pas un centimètre de terre de plus aux populations indigènes brésiliennes. De quoi se questionner quant au retrait ou non du pays des accords de Paris sur le climat.

La chute de la gauche

Outre, l’accession au pouvoir de Bolsonaro, ces élections marquent également la chute incontestée de la gauche et du Parti des travailleurs, avec Fernando Haddad en première ligne. Le parti paye ici sa campagne désastreuse, avec la longue période d’hésitation sur la candidature du très populaire Lula. Symbole de cette descente aux enfers, la gauche a totalement perdu son électorat des quartiers populaires et des bidonvilles brésiliens, historiquement acquis à sa cause. La reconstruction sera longue, et tout devra commencer par l’éradication de la corruption, sujet qui aura énormément servi à Bolsonaro durant toute sa campagne.

Le Brésil est donc aujourd’hui à ajouter sur la liste des pays qui se sont laissés séduire par les sirènes de l’extrémisme. Les Brésiliens ont fait ce choix, il faut le respecter, mais sans pour autant oublier les tristes événements du passé. En espérant que l’histoire ne rattrapera pas le leader sud-américain.

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