Conseil Canap’ #1 : Essayer de sauver le système

Ash VS Evil Dead :

Comment sauver le système ?

J’allume mon ordinateur. Il est tard mais la fatigue ne m’a pas encore gagné. Je pianote sur mon clavier et fouille dans les méandres du web dans l’espoir de trouver quelque chose. Dénicher une pastille apte à me divertir, me fatiguer et enfin sombrer dans mon lit. C’est ce moment décisif où il faut se décider face à toute cette déferlante de possibilités. Plutôt aventure ? Action ? Drame ? Je regarde comme ça mon écran une bonne vingtaine de minutes sans parvenir à décider. Faire un choix. On en fait tout le temps, sans réfléchir véritablement aux conséquences, et pourtant là, sans aucune pression, on hésite.

En voyant défiler les suggestions, mes yeux s’arrêtent soudainement sur l’image d’un homme armé d’une tronçonneuse. Ils glissent ensuite vers un titre : Ash VS Evil Dead. Des mots qui résonnent en moi, faisant remonter un vieux souvenir. Ou plutôt deux souvenirs pour être précis. Ceux de deux films d’horreur gores à souhait, réalisés par Sam Raimi en 1981 et 1987. Deux souvenirs, deux expériences bien distinctes qui me laissèrent respectueux devant le papa cinématographique de Spiderman. Si je n’ai toujours pas vu le troisième volet, je m’en excuse platement et promets de rattraper mon retard le plus vite possible. Tout cela me décide, et je clique. Une fenêtre s’ouvre et le premier épisode commence.

Il faudra attendre que le picotement de mes yeux devienne insupportable pour que je me décide d’arrêter. Les yeux ouverts et ensanglantés, allongé sur le dos, j’essaie en vain de dormir. Je viens de vivre quelque chose d’inattendue.
Je ne peux que vous la conseiller : installez-vous, détendez-vous et profitez du spectacle. Aussi sanglant soit-il…
Alors oui je pourrais vous parler plus concrètement de la série. De sa réalisation étonnement soignée, des acteurs dont le niveau des répliques n’est dépassé que par celui de leurs charismes. Des décors et effets spéciaux toujours impeccables. Mais cela n’aurait aucun intérêt de tergiverser plus longtemps dessus. Parce que premièrement la série est géniale et l’analyser en tant que tel ne servirait pas à grand-chose. Et c’est exactement là où je veux en venir.

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Sa devise : « shoot first, think never »

Pour être parfaitement honnête, les gens qui, lorsque je parle d’une œuvre, me disent : « Tu te prends trop la tête, c’est super pour se vider la tête ce film », je vous dis habituellement des choses pas polies avant de vous arracher la tête et d’enterrer dans le jardin vos membres détachés du buste. Pour moi une œuvre, faite par un créateur, exige notre attention et il n’y a pas de « petits films innocents ». Il n’y a que des créations sorties de la tête d’un rêveur. Se vider la tête n’est jamais quelque chose de très positif. Eteindre son cerveau ou le laisser à l’entrée de la salle de ciné, suivant les expressions, ne l’est pas non plus. Regarder un film sans y réfléchir est de la consommation pure. Consommation prônée par les industries qui engendrent toujours plus de produits aseptisés jusqu’à la moelle. Je pensais – et je pense toujours – qu’il fallait combattre ce système tant chéri dans notre 21ème siècle. Parce que c’est ce système qui crée toujours plus de daubes grands publics. Des films tous beaux, tous roses, bien uniformes, respectueux et, ainsi, dénués de tout intérêt. On a désormais l’impression qu’il n’y a que des clones qui envahissent les salles de cinéma. Des films déjà vus cent fois et répétés selon un schéma bien précis. Tout cela à cause d’une abrutissante consommation irréfléchie. Alors quand on voit une proposition comme Evil Dead, on ne peut qu’en garder un souvenir unique et sourire face à tant d’impertinence.

Je pensais donc que c’était un problème de réflexion face au médium. Pour certains, réfléchir sur une œuvre est uniquement se prendre la tête bêtement. Pour eux, le cinéma n’est qu’un art de consommation, voire pas un art du tout. Et si je pense diamétralement l’inverse, je peux comprendre ce point de vue. Un point de vue qui baigne dans la facilité et qui représente tout à fait l’état d’esprit de cette société moderne. Et pourtant, je n’ai pas réussi à le combattre ici. Sans savoir réellement pourquoi, mais avec la conviction du génie de cette série.

Rien n’est venu face à Ash. Rien du tout. Et pourtant, j’ai adoré. Alors je me dis – je m’avoue peut être – que je me suis trompé. Je me suis trompé et lourdement. Pas sur le combat qui est à mener quoi qu’il arrive, mais sur la façon de le mener. Cela ne sert à rien de dire aux gens de réfléchir à l’œuvre qu’il consomme, ils n’en ont peut être pas le courage ni l’envie. Ce qu’il faut pour sauver – ou changer – le système de production, c’est mettre en avant des essais peu connus du grand public. Lui épargner, puis lui donner goût à l’effort de la recherche afin qu’il puisse profiter de tentatives uniques et aventureuses sans se prendre la tête. Il n’est parfois pas nécessaire de trop réfléchir. Parfois, se laisser guider instinctivement n’est pas mal non plus.

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La crispation devant Ash, sa tronçonneuse et les scènes de massacres

C’est donc ce que proposeront les ConseilsCanap’. Un nom incroyable pour une rubrique extraordinaire (et d’une modestie à toute épreuve). Une série d’articles vous offrant une découverte d’œuvres peu connues du grand public, qui mériteraient plus de visibilités. Une rubrique qui n’aura pas la prétention de changer le système ni le monde, mais qui tentera d’apporter sa petite brique à l’édifice. Oui, exactement comme l’aura faite – avant elle – l’émission youtube : Unknown Movies.

J’ai sans doute dû dire un tas de conneries dans mon papier, alors pour clarifier les choses laissons le mot de la fin à notre maître à tous, Alexandre Astier : « Ne confondons pas essayer de voir quelque chose de brillant et se prendre la tête. On ne peut pas ranger tous ceux qui réfléchissent dans le camp de ceux qui se prennent la tête, c’est un amalgame très dangereux. »

Par Louis Rengard

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