Florence Aubenas nous emmène au bas de l’échelle sociale

Il y a quasiment 10 ans, la journaliste Florence Aubenas plaquait sa belle vie parisienne à zigzaguer entre les grands médias français pour s’installer à Caen. Son objectif : montrer à quel point il est difficile de (sur)vivre lorsque l’on cherche du travail avec un bac comme seul bagage. Un problème toujours actuel.

« Le journalisme gonzo, ou journalisme ultra-subjectif, est à la fois une méthode d’enquête et un style d’écriture journalistique ne prétendant pas à l’objectivité, le journaliste étant un des protagonistes de son reportage et écrivant celui-ci à la première personne. » Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Wikipédia. Cette définition colle parfaitement à la peau de Florence Aubenas. Cette grande journaliste française passée par le Nouvel Observateur, Libération et Le Monde, a un jour décidé de tout plaquer pour s’intéresser à la France d’en-bas, celle qu’on ne voit pas, celle qui souffre en silence. Elle en a fait un livre, Le quai de Ouistreham, qui même dix années après sa parution, continue d’alerter sur la dure réalité de la société française.

Alors oui, Le Quai de Ouistreham n’est pas un chef d’œuvre en termes purement littéraires. Il est vrai que l’on a parfois l’impression d’être face à un tuto nettoyage quand l’auteur nous raconte ses expériences en tant que femme de ménage. Mais doit-on réellement se plaindre qu’elle ne dévoile que la réalité des faits ? C’est pourtant ce que de nombreux insensibles lui reprochent. Oui, Florence Aubenas a changé d’identité pour s’infiltrer dans un milieu bien précis. Oui, Florence Aubenas a menti, aux personnes qui pensaient trouver en elle une collègue, une amie. Mais si ce n’est pas elle qui va dresser ce tableau de la classe populaire normande, qui va le faire ? Aubenas a derrière elle un bagage, une notoriété et une histoire qui lui ont permis d’apporter de la visibilité à cet ouvrage qui est aujourd’hui une référence.

Je peux comprendre que la démarche d’Aubenas gêne, même si pour rassurer certains, elle n’est pas partie en séjour Erasmus dans le Calvados. Mais comment s’imprégner de ce monde qui nous semble si près et si loin à la fois si ce n’est à travers son ouvrage ? Irions-nous écouter les discours des représentants syndicaux du fin fond de la Normandie ? Lirions-nous les posts Facebook alarmistes de comptes Facebook qui se ressemblent par milliers ? Ecouterions-nous à la radio le cri de colère quotidien de Martine, 56 ans, femme de ménage dans Bourdin Direct ? La réponse est non, nous le savons tous aussi bien. Alors servons-nous du Quai de Ouistreham pour prendre conscience d’une réalité qui est toujours d’actualité presque 10 ans après, pour réfléchir sur l’état actuel de notre pays, et pour se rendre compte de la chance que l’on a d’être dans la situation dans laquelle on se trouve.

« Avant de regarder ce qu’il y a au-dessus de toi, regarde déjà ce qu’il y a en-dessous de toi. »

Note de la rédaction : 8/10

Publicités
Tag(s) associé(s):