Derrick, ou l’histoire à l’eau de Rose

Dans la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre s’est certainement produit l’une des plus belles histoires que la NBA n’ait jamais connu. D-Rose, MVP 2011, miné par les blessures et les galères revient parmi nous et cross nos cerveaux, qui essayent toujours de réaliser ce qui vient de se passer.

Je pourrai dire plus tard, j’y étais. Non je n’étais pas sur le bord du terrain, mais tous ceux qui ont regardé le match avec moi s’en souviendront toute leur vie, comme s’ils y étaient, à Mineapolis, en ce soir d’Halloween. Ligne de stats plutôt correcte à la mi-temps, mais au troisième quart, l’enfant de l’Illinois prend feu et bordel ce que c’est émouvant, on se dit tous, « putain il va le faire bordel, fais-le ». Il prend ses shoots, cross, feinte (coucou Rudy), marque, célèbre. Bref, D-Rose est en état de grâce et nous on est tous là, pensifs, devant notre écran à fond derrière un mec au look d’ancien crackman repenti des rues de Windy City. Et c’est sur un magnifique 3 points, dans le corner, contestés, impossible à première vue, que le Target Center vient de voir une des choses les plus incroyable que la NBA n’ait jamais connu. L’ancien MVP, passé par des galères avec n’importe qui, où même ta grand-mère aurait quelque chose à lui reprocher, fait lever tout un stade, rend nos yeux humides. Il vient de battre son record de points merde.

Parce que ce mec là, il lui est arrivé toutes les pires galères. Débuts en apothéose, consécration, blessures à répétition (Thibs y a +20 met tes putains de titulaires au repos merde), problèmes avec la justice et sûrement lui-même, au bord de la retraite. Le monde du basket est au bord du gouffre, car oui, D-Rose c’est le basket. Spectaculaire, technique, compétiteur, champion, un exemple pour toute la nouvelle génération basket, respecté par les anciens. Mais l’histoire est semée d’embûches et D.R.1 s’est pris des troncs d’arbres lui. Mais il lâche jamais, n’abandonne pas le basket, il le dit lui même, il aime trop ce sport pour arrêter. Donc il continue. Chaque saison, on espère, on se dit qu’il est de retour dès qu’il dépasse les 15 points, tout en priant pour des genoux solides (oui oui au basket on prie souvent pour ça). À la fin on voit une annonce « Derrick Rose absent 6 semaines » on est plus surpris, on est déçu mais on s’y attendait. Hiver 2018, dans un trade avec Cleveland, après un passage aux Knicks, il se retrouve au Jazz qui le coupe dans la foulée, ne croyant pas en lui. Thibs, son coach qui a fait de lui un MVP, un champion de conférence, mais surtout un éternel blessé en 2012, lui ouvre ses portes, peut-être pour se faire pardonner.

Et c’est en ce début de saison que la magie reprend. Sauf que ce coup-ci, j’y crois pas. Même s’il y a une petite voix au fond de moi qui me dit qu’en backup il aura de quoi faire, je ne veux plus être déçu. Mais la magie ne reprend pas seulement, elle opère, son genou tient, il fait des bonnes perfs, est plus intelligent, meilleur à 3 points, cross toujours autant. Bon il a arrêté de dunker mais tant qu’il score on est content. Et voilà, le sommet, il gravit la montagne, l’Everest et le Mont-Blanc cumulés. Le Jazz est sur sa route, et le D-Rose est déterminé comme jamais. La suite, tu la connais, il te met la totale. Et même, dernière possession, 125-128 pour les Wolves, Exum dans le corner pour égaliser, air ball. La phrase du commentateur est symbolique : « Exum has been blocked in the corner, by who else? Derrick, 2011 MVP, Rose » (Exum est contré dans le coin, par qui encore? Par Derrick, MVP 2011, Rose). Le stade explose, ses coéquipiers courent vers lui, c’est l’euphorie pour tout le stade sauf un homme. Le numéro 25, le chaos dans son crâne, tant d’émotions remontent sûrement, de l’incompréhension aussi. Il est incapable de célébrer, enfoui sa tête sous sa serviette. Il l’enlève et là, la planète basket s’effondre. Derrick Rose, en pleurs, le regard vide, le nez coulant. Il lève les bras sous les applaudissements et les cris du Target Center. Il arrive à peine à contenir ses larmes et parler de manière compréhensible mais on s’en fout, Derrick Rose est de retour.

C’est encore avec des frissons, presque 24h après l’exploit que je vous écris ses lignes car non seulement la performance sportive est incroyable, la performance mentale est de loin l’une des plus belles que je n’ai jamais vue. Ce souvenir d’une soirée qui se prolonge tard dans la nuit, où je m’endors entre chaque quart temps mais lutte car je sentais que quelque chose d’incroyable allait se passer ce soir, restera à jamais.

Et pour ces 48 minutes de bonheur, je ne peux que dire merci.

Merci Derrick Rose, merci le basket, merci le sport.