Quel avenir pour la Nouvelle-Calédonie ?

La France est-elle sur le point de perdre plus de 270 000 habitants ? C’est la grande question autour du vote de dimanche en Nouvelle-Calédonie. En effet, la population locale doit se prononcer sur la question suivante : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». Si c’est le cas, la France pourrait perdre gros.

La Nouvelle-Calédonie, c’est quoi ?

La Nouvelle-Calédonie est un archipel du Pacifique divisé en trois provinces : la province Nord et la province Sud, sur l’île principale, et les îles Loyauté (Ouvéa, Lifou, Maré et Tiga), au nord-est de la Grande Terre. 180 000 habitants, soit environ deux tiers de la population, vivent dans l’agglomération de Nouméa, l’unique grande ville du territoire.

L’histoire de l’île, une histoire française.

Pour comprendre ce qui anime l’idée indépendantiste, il faut se replonger dans l’histoire coloniale de l’île. La France la colonise en 1853 et la rencontre avec les autochtones kanaks est très compliquée. Les maladies apportées par les occidentaux, mais surtout les massacres perpétués par les blancs, obligent les kanaks à se réfugier dans des réserves au nord et dans les îles Loyauté. Pendant les 30 glorieuses, le cours du nickel flambe et la Nouvelle-Calédonie, qui possède plus de 25% des stocks mondiaux, devient un endroit très prisé. Aidé par une politique fiscale du gouvernement français très incitative, presque 40 000 personnes, polynésiens comme français, débarquent sur l’île. A la fin de cette période de prospérité, la question de l’indépendance émerge chez les populations autochtones. Deux partis politiques se forment, le RPCR (Rassemblement Pour la Calédonie dans la République) et le FLNKS(Front de Libération National Kanak et Socialiste). Deux leaders se font alors face, Jacques Lafleur pour les loyalistes caldoches et Jean-Marie Djibaou pour les indépendantistes. Les tensions commencent à éclore, dans les années 1980, une guerre civile est sur le point d’éclater et l’état d’urgence est mis en place. Pendant presque 10 ans, on alterne entre de violents conflits armés et des dialogues peu fructueux. Survient alors le fameux « Drame d’Ouvéa », une prise d’otage le 22 avril 1988, 27 gendarmes français piégés et séquestrés par des indépendantistes dans une grotte sur l’île d’Ouvéa. Elle fera 21 morts dont 19 kanaks et mettra fin à cette longue période d’affrontements violents entre caldoches et kanaks. Djibaou et Lafleur préfèrent alors s’engager dans un destin commun malgré leur différence d’opinion. Avec le gouvernement français, ils signent en 1988 les accords de Matignon et en 1998 ceux de Nouméa, comprenant la mise en place d’un référendum d’auto-détermination d’ici à fin 2018, celui de dimanche donc, et d’un rééquilibrage économique entre kanaks et caldoches. Ce rééquilibrage est exceptionnel, c’est la première fois que le gouvernement français accompagne un projet indépendantiste. La France injecte depuis ces accords 1.3 milliard d’euros pour 270 000 habitants. Malgré cela, les tensions sont restées intenses et la question de l’indépendance est un sujet tabou.

Si vous voulez approfondir sur l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, voici une vidéo du Monde qui retrace bien les relations entre la France et l’archipel :

Quelles sont les particularités de ce vote ?

Pour pouvoir voter, il faut pouvoir être sur la LESC, une liste électorale spéciale pour le référendum. Pour figurer dans cette liste il faut remplir des critères dont le principal est qu’il faut pouvoir justifier d’une résidence sur l’île en continu depuis le 31 décembre 1994. Ainsi, la grande majorité des non-kanaks, (soit les européens, les asiatiques et les polynésiens) n’auront pas leur mot à dire. Est-ce injuste ? Certains affirment que la durée minimum de résidence est trop élevée, et que 10 ou 15 ans sur l’île suffisent à constituer une légitimité électorale contrairement aux 20 ans requis. D’autres, pensent au contraire, que ces personnes ne devraient même pas devoir voter quelle que soit la date de leur arrivée sur le Caillou. 174 154 électeurs seront donc réunis dimanche pour voter, cela représente 62% de la population locale, c’est peu quand il s’agit de décider de l’avenir de l’archipel. Parmi eux, 63% de kanaks. On pourrait alors penser que le oui est favori, seulement c’est plus compliqué que ça.

Le « non » favori

Déjà parce que les jeunes se sentent très peu concernés par ce vote, la plupart étant nés après les événements de la fin des années 80, ils ne ressentent pas le besoin d’affirmer leurs origines et leur indépendance. Ils ne se sentent pas non plus écoutés, de plus en plus sont formés, travaillent mais on ne leur laisse pas la parole, ils n’ont pas de responsabilité au sein de la communauté. Ainsi, le taux d’abstention devrait être relativement élevé. De plus, tous les kanaks ne sont pas en faveur de l’indépendance, bien au contraire, environ un tiers des kanaks sont opposés à cette mesure, car ils ne croient pas au projet du FLNKS. La viabilité d’une indépendance économique est ensuite souvent remise en question. En effet, même si l’île dispose d’un potentiel remarquable de développement économique en termes de tourisme ou de pêche, le nickel demeure la principale source de revenus. Or il s’agit d’une mono industrie et cela gêne la diversification économique de la Nouvelle-Calédonie.

Quels sont les intérêts pour la France ? Et pour la Nouvelle-Calédonie ?

« La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie » tels étaient les mots d’Emmanuel Macron lors de sa visite à Nouméa en mai dernier. Le président de la République ne souhaite pas prendre parti et c’est donc son unique avis sur la question. Néanmoins, il n’a aucun intérêt à laisser les kanaks prendre leur indépendance. La France y perdrait beaucoup, pour commencer, l’archipel accueille la plus importante base militaire française dans le Pacifique, et ce serait une erreur de laisser les japonais ou les chinois s’établir comme seuls souverains militaires dans cette zone. De plus, la Zone Économique Exclusive (ZEE) autour de la Nouvelle-Calédonie est de 1,4 million de km², soit la deuxième plus grande après la Polynésie Française. Ensuite, la principale motivation en faveur de l’indépendance est l’indépendance elle-même. L’île est encore considérée comme une colonie selon plusieurs organisations comme l’ONU, pour la France c’est un « pays d’outre-mer ». La France lui reconnaît quand même une vocation à l’indépendance, comme le souligne les accords de Nouméa.

Les bureaux de vote sur place ouvriront à 8h, il sera 22h sur les montres parisiennes. Emmanuel Macron prendra la parole dimanche à 13h heure au journal télévisé, à l’issue des résultats. Selon les derniers sondages, le « non » est gagnant à plus de 66%, donc aucune inquiètude à avoir si vous ne voulez pas voir l’archipel quitter la France.

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