Café cinéphile

En arrivant sous la pluie d’Arras, on ne pensait pas découvrir une femme comme Dany De Seille. C’est pourtant bien cette rencontre qui nous a fait débuter notre journée au Festival cinématographique.

Partis pour faire un portrait d’une attachée de presse de nombreux festivals tels que la quinzaine de Cannes, nous eûmes droit à une rencontre à mi-chemin entre le cours d’industrie du cinéma et un café entre amis cinéphiles.

La marinière en porte drapeau, elle navigue de petits à grands événements comme un poisson dans l’eau. Autant attachée au cinéma qu’attachée de presse, Dany mise sur les univers qui n’ont pas les moyens d’être découverts. Elle joue, sans jamais être actrice, elle mise, parie et prend des risques. Son rêve à elle, c’est de confier une histoire à dix réalisateurs et de dénicher des « pépites » comme elle aime les appeler. Elle a appris sur le tas comme ses pairs, et peut se vanter d’avoir réussi dans l’industrie du cinéma avec le temps. C’est d’ailleurs cette expérience qui l’a poussée à organiser les Arras Days.

Les Arras Days, speed dating, entre réalisateurs et producteurs se déroulaient sur deux journées, les 10 et 11 novembre à l’Hotel de Guines. Les professionnels du cinéma européens se rencontrent et « pitch » leurs scénarios pendant 30 minutes devant un jury. C’est une occasion inespérée pour certains réalisateurs de faire aboutir leur projet grâce aux deux bourses mises en jeu. Les candidats, 7 pour cette édition, ont grandement intérêt à gagner car le cinéma « c’est aussi du business » nous dit Dany.

L’Industrie du cinéma ….

En effet, avant de pouvoir vous poser tranquillement dans un doux fauteuil rouge en regrettant la loi de 1991 et l’inadmissible absence de bière au distributeur, le film, aussi pauvre soit-il, a vécu avant vous. Et là, seul dans le noir, vous prenez l’atmosphère en bouche, et, sans aucune protection, vous vous livrez corps et âme à la dureté du scénario, en susurrant chaque scène jusqu’à la moelle afin que celui-ci vous crache son mystère. Et cette expérience buccale magique, est le fruit des rouages de l’industrie cinématographique. Mais combien d’autres sièges auriez-vous pu occuper, combien d’autres scénarios auriez-vous pu susurrer, si certains films ne passaient pas entre les mailles du filet ?

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Le filet et les mailles du cinéma

Le filet ? Oui celui qui désigne les films que vous verrez, celui qui juge en coulisse. Ce filet n’est autre que les distributeurs.

Les mailles ? C’est ce qui il y a sur vos dents, mais aussi tous ces films qui n’ont jamais trouvé chaussure à leur distribution.

Leur sauveur ? Dany De Seille et ses compagnons des festivals de classe B

Les festivals de classe B sont dans le milieu du cinéma, ton pote un peu anarchiste qui traîne avec d’autres gars encore plus rejetés par la société que lui. Il fait ce qu’il veut et n’a aucune obligation. À l’inverse les festivals de classe A, comme celui de la Croisette en mojito, ont pour devoir de projeter uniquement des avant-premières aux yeux des stars et starlettes qui sentent autant Chanel que le champagne. Et voilà pourquoi Arras qui commence par un A est un festival de classe B, C D cidément fou. On a donc au sein de la programmation arrageoise  de nombreux films fantômes, passés entre les mailles du filet, qui trouvent enfin leur corps.

…. et son avenir

Mais comme tout corps qui se respecte, la chair doit disparaître et laisser ses souvenirs aux côtés des vers. Car si on considère que le cinéma naît, alors il devra tôt ou tard se laisser prendre par la nouvelle faucheuse qui n’est autre que Netflix. Plus de chill dans votre vie, plus de cheap pour vos envies et plus de chips dans votre lit.

Cette plateforme qui apparaît au départ comme un tremplin pour le cinéma et son auditoire, ainsi que pour les couples, pousse probablement aussi à l’extinction de son prédécesseur. Car oui, même si Netflix parait plus aguicheur, comme le nouvel amant enfoui sous vos draps, il pousse tout de même la salle à sa disparition. Quid des premiers rendez vous dans les salles de cinéma, des cigarettes de débriefing post séance ? Quid des pellicules emmêlées , des projecteurs, des rencontres, des 01 47 20 001 ? A toutes ces histoires mortes ou qui risquent de mourir, nous leur crions qu’il y a un avenir. Un avenir fait de tatatam *bruitage Netflix*, de and chill avec camomille, de 9,90€ par mois, et d’un accès illimité à la culture. Alors si les plus nostalgiques d’entre nous regretteront le bon vieux temps et ses bobines, les modernistes voient en Netflix le meilleur moyen de contourner une industrie du cinéma austère et contraignante. Les Frères Cohen, pourtant adeptes d’un cinéma d’industrie, sont l’exemple type de ce tournant du 7eart, puisque leur prochain film, The Ballad of Buster Scruggs, est produit par Netflix.

« Peu importe le support, tant que le film respire » Dany de Seille

Co-écrit avec @machaogsk

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