Qui es-tu JR ?

A l’occasion de l’exposition « Momentum», ouverte le 7 novembre à Paris, à la Maison Européenne de la Photographie et qui exposera jusqu’au 10 février 2019 les travaux du photographe JR, le Pépère News dresse pour vous le portrait de cet artiste qui passionne le monde de la photographie, de l’art et de l’artivisme.

C’est à Paris, le 22 février 1983 que Jean René a vu le jour. Après avoir fait ses études au lycée Stanislas à Paris, il commence sa carrière dans le graffiti nourrissant déjà quelques aspirations à l’art.

Il débute son parcours de photographe en 2001 lorsqu’il parcourt l’Europe avec son appareil photo et colle les portraits de ceux qu’il rencontre sur les bâtiments et dans les sous-sols parisiens. En 2004, il photographie les sculptures de Prune Nourry, qui deviendra sa compagne, qu’il pose sur les toits de Paris. Par la suite, il réalise plusieurs projets photographiques en collant des portraits de jeunes défavorisés, en très grand format sur les murs de la capitale.

Il se distingue en 2007 lorsqu’il réalise « la plus grande expo photo illégale jamais créée  en affichant des portraits de Palestiniens et d’Israéliens face à face dans huit villes d’Israël et de Palestine mais également à Paris.

De 2008 à 2010, JR colle des portraits de femmes dans plusieurs favelas du monde entier au Brésil, au Kenya ou encore en Inde. Il rend hommage aux femmes, celles qui sont victimes de crimes, de viols ou encore de fanatismes religieux ou politiques.

En 2010, il décide de faire de ce projet un film. « Women Are Heroes » est projeté dans le cadre de la Semaine de la Critique à Cannes et concourt pour la Caméra d’Or.

Aaah Cannes… C’est ici que, sept ans plus tard je découvre JR.

Je suis tranquillement installé dans l’énorme fauteuil rouge d’une salle cannoise lorsque débute Visages, Villages, film qu’il co-réalise avec Agnès Varda en 2017. Je me laisse alors absorber par leur périple à travers la France où, à l’aide de son camion photographique, il égaye villages abandonnés ou délaissés, usines bien tristes et bâtiments monochromes. Ce film est chargé d’émotions pour les réalisateurs, les habitants et les spectateurs qui découvrent comme par magie les visages des gens que les deux artistes rencontrent placardés sur les murs de leur maison, de leurs lieux de travail ou encore de camions ou wagons. Ce film met en avant toutes les représentations de la société avec des commerçants, des vacanciers, des ouvriers ou encore des retraités…

A Cannes ce film est projeté dans la sélection officielle mais hors compétition. Visages, Villages est également nommé aux Césars et aux Oscars en 2018 dans la catégorie du Meilleur film documentaire.

Il reçoit le Prix du Public à Toronto et à Vancouver.

JR, un Artiviste …

Depuis, j’ai commencé à le suivre et je continue d’admirer ses travaux dans le monde entier. JR se met toujours au service de la prise de conscience politique et de l’altermondialisme. Il nous alerte sur des problèmes sociétaux comme la guerre ou le réchauffement climatique. Lors de la COP21,  il avait projeté une vidéo sur les murs de l’Assemblée Nationale montrant plusieurs personnes interpeller les politiques sur l’état de la planète.

Récemment, en partenariat avec le Times,  JR a participé au projet « Guns in America », projet photo montrant des hommes et des femmes, pour certains armés, autour d’une table de négociation. Malgré ces négociations qui paraissent impossibles, JR dénonce les 35 000 morts par balle chaque année aux États-Unis et la libre circulation de 265 millions d’armes à feu pour 325 millions d’habitants dans le pays de Donald Trump.

Ce projet a pris tout son sens lors de l’attentat de Pittsburgh le samedi 27 octobre 2018. Le vendredi, il avait collé cette photographie sur le mur du Bowery Wall à New-York. A la suite de ce drame, des gens ont tagué, au centre, le chiffre 11, comme les 11 victimes de cette tuerie, pour leur rendre hommage.

Cette fusillade a remis sur la table le sujet du port d’armes aux États-Unis. Comme trop souvent c’est le cas dans un pays où l’on compte depuis le 1er janvier  374 fusillades de masse…

« J’ai laissé la pièce sur le mur du Houson Bowery Wall vendredi matin pour commencer la conversation sur les armes en Amérique. Le lendemain, dans la matinée, 11 personnes ont été tuées à la synagogue de l’Arbre de la Vie à Pittsburgh par un gars qui avait un fusil d’assaut AR15. Il a dit « Je veux juste tuer des juifs ».  L’antisémitisme est violent encore ici. La même nuit, des gens ont commencé une conversation visuelle sur le mur…»

Actuellement, JR continue ses œuvres comme sur la porte de Brandebourg à Berlin où il expose des photos prises lors de la chute du mur de Berlin le 10 novembre 1989.

JR a également collé un gigantesque œil dans les stations du métro parisien «Luxembourg » ou «Hôtel de ville».

N’attendez rien pour découvrir ou redécouvrir JR, cet artiste hors du commun, investi et engagé. Sur les réseaux sociaux ou, si vous en avez l’occasion, jusqu’au 10 février à la Maison Européenne de la Photographie.