Youtube menacé ?

Le fameux « article 13 » fait parti d’une directive votée par le Parlement européen visant à protéger le droit d’auteur sur internet. Il a été adopté le 12 septembre 2018, après un refus en juillet, mais attend encore d’être entièrement rédigé. L’échéance est de plus en plus crainte, autant par les plateformes que par les créateurs sur internet. C’est d’ailleurs un cas unique où l’on voit naître un regroupement entre les créateurs, les utilisateurs et même les grandes plateformes menacées d’extinction (comme Youtube). Youtube a d’ailleurs entamé une campagne de sensibilisation contre cet article, tenant un discours très – peut être trop – alarmiste.

Mais que signifie concrètement cet article ?

Cet article vise à intervenir directement chez les gros hébergeurs en gérant automatiquement tous les problèmes de droits d’auteur, les rendant 100% responsables du contenu qu’ils diffusent sur leurs plateformes. Mais prenons l’exemple le plus parlant : le cas de Youtube, bien que des noms comme Facebook, Twitter, Instagram, Dailymotion soient aussi concernés. Une application directe de l’article signifierait pour les youtubeurs l’impossibilité d’utiliser la moindre image ou musique ne leurs appartenant pas, sous peine de voir leurs vidéos être démonétisées. Par exemple, les critiques cinéma ne pourraient plus utiliser d’extraits ou de bandes annonces et les parodies seraient plus compliquées à faire dans les règles. Les reprises et remix seraient également impossibles à rémunérer. Les youtubeurs « gaming » ne pourraient plus exercer. Si cet article est appliqué sans modification, cela rendrait le travail de youtubeur quasi impossible.

Ceci entraînerait sur la plateforme une extrême diminution de la quantité de contenu publié. Mais le pire est que la création vidéo serait extrêmement restreinte, aseptisant le contenu produit. Ainsi nous ne pourrions avoir droit qu’à des publicités venant de grandes entreprises. La créativité mais surtout la liberté de Youtube et du net pourraient disparaître. Le PDG de Youtube a même annoncé une éventuelle fin de la plateforme en Europe !

Youtube n’est évidemment pas la seule plateforme concernée. Dans notre utilisation personnelle, il deviendrait même compliqué d’utiliser un GIF sorti de n’importe quel média que nous ne possédons pas. Tout l’internet européen serait touché par cette directive.

Une situation irréelle

La première raison est que l’article a été voté par des députés européens vivant pour beaucoup bien loin du monde d’internet. On ne peut pas leur en vouloir, c’est un fait : ils connaissent plus les revendications de groupes comme la Fox ou Disney que celles des créateurs internet. Il s’agit de gens non concernés (qui ne connaissent pas le milieu d’internet, éloignés de la culture web) qui vont voter des lois et articles pour d’autres personnes. Des personnes manquant de souplesse et de réalisme. Parce que oui, gérer cette restriction, ce serait traiter près de 400h de contenu… par minute et rien que sur Youtube ! Autrement dit, impossible d’exercer une politique égalitaire et juste avec certitude. Comment faire pour détecter une référence visuelle cachée dans l’arrière plan présent à 1min et 53 secondes d’une vidéo ? C’est impossible et cela obligerait les hébergeurs à mettre un blocage  automatique sur certains contenus. Alors comment faire ? Eh bien personne ne le sait, pas même à la Commission européenne !

Mais cet article et la situation sont évidemment, au même titre que la déclaration du PDG de Youtube, à nuancer.

Une situation à nuancer

Premièrement, un tel procédé n’est pas nouveau sur Youtube. En effet, l’entreprise est dans cette politique de blocage et de démonétisation automatique depuis quelques temps avec le robot Youtube : ContentID. Il applique déjà l’essence même de cet article.

Ensuite, la version de l’article votée en septembre serait bien moins rigide que la précédente de juillet. En reprenant l’exemple des youtubeurs, ceux-ci deviennent à leur tour « ayants-droit» de leurs propres contenus originaux et, ainsi, bénéficient de la nouvelle législation. Une répartition équitable des revenus et des droits pourrait être alors possible, bien que la directive soit encore très flou à ce sujet.

Enfin, l’article 13 peut être appliqué de façon différente selon les pays, mais aussi selon les plateformes ! On voit mal un grand pays comme la France laisser passer un tel musellement de l’expression artistique, ou encore Youtube se priver de toute sa branche européenne sans réagir. Il n’est pas insensé d’imaginer que des accords pourraient être conclus entre les différents acteurs pour mieux adapter les régulations. Cet article n’est donc pas complètement mauvais, il a aussi des bons côtés et des avantages, bien qu’il doive encore être retravaillé de façon équitable et applicable.

Comment se faire entendre ?

Il est possible de changer les choses, même à notre échelle. Les plateformes en danger, Youtube en avant, militent pour un assouplissement des régulations sous la bannière #SauveTonInternet (ou #SaveYourInternet). Une pétition existe aussi, demandant un dialogue entre les différents acteurs pour éviter une décision unilatérale. Ce qu’on retire du débat, c’est que personne ne veut supprimer cet article 13. Les auteurs ont évidemment besoin d’être protégés et leurs droits respectés. Cependant, il ne faut pas passer d’un extrême à l’autre, et éviter un contrôle total d’internet par de grandes industries supprimant la liberté. Le meilleur moyen pour protéger notre liberté digitale est de parler de cet article 13, faire connaître ce débat autour de nous et de prendre contact avec des autorités compétentes si on en a le pouvoir (ce qui est possible pour tout le monde via le site du Parlement européen).

Ainsi, et c’est personnel, je ne pense pas que ce soit la fin du Youtube européen. Après autant de bruit fait autour de cet article, je vois mal la Commission européenne ne pas en tenir compte. Et si, même après tout ça, il se révèle encore trop dur, rigide et inapplicable, je pense que les différents hébergeurs l’assoupliront définitivement.

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