Le rapport annuel de Reporters Sans Frontières inquiète

Comme tous les ans, l’ONG internationale Reporters Sans Frontières a publié son rapport sur les violences à l’encontre des journalistes à travers le monde. Les chiffres sont nettement en hausse et font froid dans le dos

L’Afghanistan, no-go zone des journalistes

80. C’est le nombre de journalistes qui ont été tués en 2018. Après trois années de baisse, le décompte a été difficile cette année, avec 15 victimes de plus par rapport à 2017. Celles-ci sont majoritairement des hommes (77, contre 3 femmes), travaillant à l’échelle locale (75 journalistes locaux, 5 étrangers). L’Afghanistan est le pays le plus meurtrier pour la profession cette année : 15 journalistes y ont perdu la vie, dont 9 le 30 avril dernier lors du double-attentat de Kaboul. La Syrie, le Mexique, le Yémen, l’Inde et les États-Unis suivent dans ce malheureux classement. RSF souligne que près de la moitié des journalistes tués l’ont été dans des pays en paix, et note que la haine contre ceux qui exercent cette profession « se traduit par une hausse inquiétante des assassinats. »

Autre hausse, celle du nombre de journalistes emprisonnés. Ils sont au total 348 à l’heure où ces lignes sont écrites. La Chine est la plus grande prison à journalistes du monde avec 60 détenus, devant l’Égypte (38) et la Turquie (33). RSF dénombre également 60 otages (dont 59 au Moyen-Orient), ainsi que 3 disparus.

Khashoggi, symbole de ce rapport

Cette année 2018 aura bien évidemment été marquée par l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre dernier. Selon RSF, « 49 journalistes, soit 61%, ont été assassinés, sciemment visés au motif que leurs enquêtes dérangeaient les intérêts de telles ou telles autorités politiques, économiques ou groupes religieux ou mafieux. Les cas des journalistes slovaque et saoudien, Jan Kuciak, tué le 21 février et Jamal Khashoggi, assassiné au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul le 2 octobre, illustrent la détermination de ceux qui veulent faire taire à tout prix les journalistes qui dérangent. »

Dans une époque où, à l’échelle nationale, la défiance vis-à-vis des médias ne fait qu’accroître et où les attaques directes de la population à l’encontre des journalistes se multiplient, ce rapport semble être le coup de massue sur la profession. Bientôt, il faudra peut-être se demander s’il ne faut pas être un peu fou pour vouloir être journaliste…

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