Les Gilets Jaunes se meurent

Mouvement populaire engendré de prime abord par une vague de protestations contre la hausse du prix du carburant, les Gilets Jaunes monopolisent l’actualité politique depuis maintenant près de trois mois. Révolte contre le pouvoir en place, expression du ras-le-bol fiscal français, réclamation d’une augmentation du pouvoir d’achat, nombreux sont les combats qui, semaine après semaine, les amènent à poursuivre leur action plus ou moins pacifiste à travers tout l’hexagone. Rappelant de bien des manières la vague protestataire de mai 68, le mouvement des Gilets Jaunes ne va-t-il pas connaître une fin similaire en eau de boudin ? Éléments de réponse.

Ils ont eu ce qu’ils voulaient

Après avoir réussi à mobiliser plusieurs centaines de milliers de français dans les rues, les Gilets Jaunes sont parvenus à faire plier le gouvernement Philippe, en bien mauvaise posture, tout comme l’était celui de Pompidou en 1968. La hausse de la taxe sur le carburant a été annulée, du moins reportée, le premier ministre ayant fait marche arrière. Le 10 décembre 2018, l’exécutif cède de nouveau, notamment une hausse de la prime d’activité sous conditions pour les personnes touchant le SMIC et une annulation partielle de la hausse de la CSG. Cependant, et alors que ces annonces n’ont pas fait l’unanimité, le mouvement ne s’enlise pas, et réclame toujours plus de pouvoir d’achat. Il ne reste plus qu’à trouver l’argent. Un détail.

Le mouvement est incapable de se structurer

Né sur les réseaux sociaux (et en particulier Facebook), le mouvement des Gilets Jaunes ne parvient pas à s’organiser et ainsi à franchir un palier. Nombreuses ont été les tentatives, nombreux ont été les échecs. La constitution d’une délégation représentative à l’Elysée, la nomination de gilets jaunes comme chroniqueurs TV, ou encore d’un groupe « Gilets Jaunes » aux élections européennes, sont des initiatives qui ont plus ou moins échouées. La raison peut paraître paradoxale : ce sont les gilets jaunes eux-mêmes qui s’y sont opposés, parfois violemment via les réseaux sociaux, suivant probablement la devise qui pourrait être la leur : « Ni Dieu ni maître ». La France Insoumise, qui paraissait le parti le plus en phase avec le mouvement, a bien tenté un rapprochement, notamment par l’intermédiaire d’une déclaration d’amour de Jean-Luc Mélenchon à l’un de leurs leaders, Éric Drouet. Apparemment sans succès. Ce n’est probablement pas ce dernier, désormais en froid avec Priscillia Ludosky, autre figure des Gilets Jaunes, qui va parvenir à régler ce problème. Au contraire : le torchon brûle entre les deux meneurs, et cela ne va rien arranger, mais plutôt diviser.

L’opinion se retourne

Les gilets jaunes historiques, les convaincus, ceux de la première heure, eux n’abandonneront sans doute pas. Fidèles soldats dans la lutte contre Macron, défenseurs du pouvoir d’achat à l’imagination débordante – « La seule lettre qu’on veut, c’est ta lettre de démission », ou encore « Rien n’est bon dans le Macron » – ils voient pourtant le soutien populaire à leur mouvement s’affaiblir de jour en jour. Ce qui fait la force d’un mouvement, nul ne l’ignore, c’est le soutien dans l’opinion publique. Certes, les manifestations se poursuivent et la mobilisation persiste, mais l’essentiel semble ailleurs : les français les soutiennent de moins en moins. En cause, probablement, la fermeture de nombreux commerces et les difficultés des citoyens causées par les diverses mobilisations ainsi que le Grand Débat National d’Emmanuel Macron, qui pourrait apaiser l’opinion, ou « l’endormir », selon Ludosky.

Si le mouvement s’éteint, les plus fidèles pourront toujours ré-enfiler le gilet jaune et faire cuire quelques merguez sur un rond point, à grands cris de « Macron démission ».

Guillaume Cazcarra