Le cannabis, à prendre ou à laisser ?

La question de la légalisation du cannabis est au cœur des débats dans plusieurs pays notamment la France. Que ce soit pour simplement se détendre ou pour ses valeurs thérapeutiques, de plus en plus de monde consomme cette « drogue » aujourd’hui. Selon une étude des Nations Unies, 160 millions d’individus consomment du cannabis dans le monde, soit 4% de la population terrestre. Cette drogue douce s’est donc fait une place importante mais elle reste néanmoins la plupart du temps illégale dans la majorité des pays. 

Le cannabis a-t-il sa place en Europe ?

Si l’Union Européenne se bat constamment contre le cannabis, plusieurs pays tirent leur épingle du jeu. En effet, il existe différents statuts au sein de l’organisation ce qui permet de garder une liberté dans la politique que l’on souhaite exercer concernant cette substance. Dans la plupart des pays européens, elle est totalement illégale et est passible de poursuites judiciaires. Mais dans certains pays, le cannabis est dépénalisé et sa consommation reste donc possible même si elle est encadrée par la loi.

On prend souvent comme exemple les Pays-Bas avec Amsterdam comme capitale de la weed avec ses fameux « coffee shops ». Il faut savoir que ces établissements se fournissent encore auprès des réseaux criminels puisque la production de cannabis n’est, elle, pas autorisée. D’ailleurs ils ont une limite puisqu’ils ne peuvent posséder plus de 500 grammes et vendre plus de 5 grammes à un ou une cliente.

Contrairement aux idées-reçues, beaucoup de pays en Europe ont allégé leurs lois sur le cannabis. Que ce soit en Belgique, en Suisse ou encore en Allemagne, la possession est souvent tolérée jusqu’à 5 grammes. Si vous êtes un fumeur et que vous souhaitez partir prendre un peu de repos au soleil, l’Espagne sera parfaite pour vous puisqu’elle autorise la consommation de cannabis dans un cadre privé

Les États-Unis sur le devant de la scène

Aux Etats-Unis, il y a actuellement 8 Etats qui ont légalisé le cannabis à usage récréatif : le Colorado, l’Oregon, l’Alaska, l’Etat de Washington, la Californie, l’Arizona, le Nevada et le Massachusetts. C’est devenu une habitude de voir des boutiques avec des grosses feuilles de cannabis comme emblème.

 

Les retombées économiques sont plus que bénéfiques. Le Colorado étant le premier État à avoir légalisé cette drogue en 2012 a vu ses recettes exploser d’un coup. Depuis les premières ventes en 2014, cette industrie a créé 18 000 emplois en 3 ans. Pour la première année, l’État avait mis en place une taxe de 30% qui lui a rapporté 50 millions de dollars en un an.

La Californie est la petite dernière à avoir rejoint l’équipe. Depuis plus d’un an, l’un des États les plus importants des USA autorise la consommation de cannabis dans un cadre privé néanmoins. La Californie devient donc le plus grand marché mondial de cannabis. Le trésor public prélève 15% sur les recettes puis 10% sur les ventes. Les villes ont également la liberté d’établir une taxe de 2 à 10%.  Cette légalisation va permettre d’éradiquer la moitié du marché noir soit l’équivalent de 13 milliards de dollars.

Selon une étude du cabinet spécialisé dans l’étude chiffrée de l’impact de la légalisation de l’usage du cannabis New Frontier Data, le secteur pourrait apporter 25,6 milliards d’euros à l’économie américaine d’ici à 2025. 

Le Canada, nouveau symbole de la démocratisation

Le voisin des États-Unis devient le deuxième pays à autoriser la vente, consommation et production de cannabis sur le territoire après l’Uruguay en 2013. C’est historique puisqu’il devient le premier pays du G20 à légaliser cette drogue. Trois ans après son élection, le libéral Justin Trudeau met donc en place l’une des réformes les plus attendues de sa campagne. En 2015, il a avoué avoir fumé quelques joints mais il a rapidement rassuré ses concitoyens en disant qu’il avait renoncé aux pétards.

L’objectif principal pour le Canada est de réduire la part du marché noir sur le territoire. En effet, 17% de la population canadienne a fumé du cannabis en 2017. Cela représente donc un marché important qu’on peut imaginer croître avec la légalisation. Au niveau financier, des milliards de dollars ont été investis dans les différents groupes liés au cannabis. Selon les premiers chiffres disponibles, en novembre dernier, les achats légaux de cannabis ont atteint 54 millions de dollars canadiens, soit environ 37 millions d’euros. Mais la petite drogue est victime de son succès puisque le pays est en pénurie depuis peu, les consommateurs doivent se battre pour trouver leur produit.

« De nombreuses personnes pensent que la légalisation est un événement, mais c’est un processus », dit M. Blair. « Pendant près d’un siècle, les groupes criminels contrôlaient entièrement le marché, 100 % de sa production et de sa distribution et ils en ont tiré des bénéfices de plusieurs milliards de dollars chaque année, rappelle-t-il. Ils ne vont pas disparaître tranquillement du jour au lendemain ». Selon le ministère de la justice, éradiquer le marché noir prendra au moins quatre ans. Ce dernier se porte bien puisque les prix ont augmentés suite à la pénurie. Les consommateurs se tournent donc vers ce marché afin de trouver des prix plus abordables. En attendant, l’engouement des canadiens envers le cannabis ne cesse d’évoluer et nous pouvons nous douter que ce marché va prendre encore plus d’ampleur.

Un sujet encore tabou en France

C’est un éternel débat dans notre cher pays. Faut-il oui ou non légaliser le cannabis ? Jusqu’à maintenant, c’est le non qui l’emporte. L’usage de ce stupéfiant est formellement interdit par la loi et peut être puni d’un an de prison et de 3.750 euros d’amende. Cela fait sourire bien évidemment mais c’est la législation actuelle en France. Cependant, depuis septembre, l’Agence des médicaments a lancé un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) afin de « se pencher sur la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France« . Ce comité va avoir pour but « d’évaluer l’intérêt thérapeutique du cannabis dans certaines pathologies et, en fonction de ces données scientifiques, préciser les critères d’obtention de ce cannabis thérapeutique« , précise Nathalie Richard, spécialiste des stupéfiants de l’ANSM.

Selon une note de l’Insee, l’impact du trafic de stupéfiants sur le produit intérieur brut français (PIB) s’élèverait à 0,1 point, soit 2,7 milliards d’euros par an. Les arguments en faveur de la légalisation du cannabis font rêver : hausse des recettes fiscales, baisse du coût de la répression, régulation du marché noir… 1,4 millions, c’est le nombre de français de 11 à 75 ans qui consomment régulièrement (au moins dix joints par mois) du cannabis, selon les chiffres du Baromètre santé de l’INPES de 2014. Il y a donc en France une communauté importante de consommateurs et la création d’un marché encadré du cannabis pourrait être une alternative intéressante pour les fumeurs et pour le gouvernement. D’ici là, la France reste en retrait par rapport à ses voisins puisqu’elle conserve sa politique de non tolérance face au cannabis.

 

Les bienfaits associés à la légalisation du cannabis sont nombreux et on se laisserait même tenter par un petit joint… Mais si tout est parfait, pourquoi est-ce encore illégal ? C’est une drogue et donc sa consommation peut être dangereuse. On peut vite se retrouver dans un état de « bad trip » qui peut provoquer une angoisse sévère, une confusion totale ou encore un sentiment d’étouffement. L’INSEE a également recensé beaucoup de cas d’isolement social suite à la consommation régulière de cannabis. Il faut donc avoir connaissance des effets et des risques si vous consommez cette drogue. Si vous souhaitez vous faire aider en cas d’addiction, il existe de nombreuses solutions comme les Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) qui sont des lieux gratuits et confidentiels.