Bellamy, la nouvelle mascotte de la droite

 

Les nostalgiques de François Fillon ne pouvaient pas mieux espérer : François-Xavier Bellamy, agrégé de philosophie, héritier de Philippe de Villiers et pilier de Sens Commun, a été nommé tête de liste LR aux élections européennes par le président du parti Laurent Wauquiez. Une promotion bienvenue pour ce professeur-auteur aux allures de gendre idéal.

Qui est François-Xavier Bellamy ?

Le parisien de naissance mais versaillais de cœur, âgé de 33 ans, n’avance pas masqué. Contrairement à beaucoup de ses semblables. Ouvertement catholique, il revendique son appartenance à la démocratie chrétienne qui était celle des pères fondateurs de l’Europe. Une Europe qu’il veut terre d’asile, et non terre d’accueil. Un discours protectionniste semblant suivre l’adage devenu célèbre « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde », qu’il a récemment développé sur le plateau de Thierry Ardisson.

Tout en se défendant de lutter pour un retour au passé et à l’immobilisme, Bellamy préconise le maintien de certains repères dans la société : « tous les changements ne sont pas forcément des améliorations », analyse-t-il. Laïc catholique, comme il se définit, il a une vision bien définie de la politique : elle « doit être la recherche du bien, et non du juste». Une formule aux allures de slogan.

Désormais tête de proue du parti Les Républicains pour des élections européennes qui semblent bien mal embarquées, Bellamy paraît être le pion central dans la partie d’échec sans doute vaine que s’entête à disputer Wauquiez. Le rêve ultime du président de LR ne fait guère de doute : faire de son parti un parti de droite dure, sans la droite modérée devenue macronienne (en témoigne l’attitude du maire de Bordeaux Alain Juppé) mais en siphonnant les électeurs du Rassemblement National à Marine Le Pen. Une tactique osée mais qui ne date pas d’hier. Avant son retrait (temporaire?) de la vie politique, c’était Marion-Maréchal qui incarnait cet espoir d’union d’une droite forte et conservatrice, à la droite de la droite. Dorénavant, il semblerait que ce soit bien Bellamy qui personnifie ce courant politique.

Un novice controversé

Certes, les Versaillais catholiques en pincent pour celui qu’ils voient comme le fils prodigue. Après Fillon le voleur, Retailleau l’éternel second, Wauquiez le « loser », voici donc François-Xavier Bellamy, le messie que toute la droite réac attendait. Maire adjoint de Versailles depuis dix ans, en apparence soutenu par certains cadres du parti (Sarkozy, Pécresse,…), « FXB » a le vent en poupe. La presse conservatrice, elle, semble lui manger dans la main. Valeurs actuelles titrait il y a peu « L’intello qui secoue la politique », tandis que Le Figaro magazine encensait « Le nouveau philosophe ». Même Le Point, journal plus modéré, fait lui aussi sa une sur le nouveau chouchou de la droite : « La chasse au Bellamy est ouverte ».

Couverture du magazine Valeurs Actuelles

 

Car oui, la traque au Bellamy est bel et bien ouverte. Sentant le danger venir, ses détracteurs multiplient les attaques à son encontre. Nouveau bouc émissaire d’une gauche bien pensante, il est régulièrement critiqué pour ses positions sur l’IVG (opposé à l’avortement à titre personnel, il s’est pourtant engagé à ne pas proposer d’abroger la loi Veil), pour son éducation conservatrice (longtemps scout, il a suivi sa scolarité dans l’enseignement privé catholique) et pour sa propension régulière à privilégier les matinales radios – où la contradiction lui est peu apportée – à la confrontation directe, sur les marchés ou sur la place publique. Son échec aux dernières législatives, dans un fief pourtant acquis à la droite, lui vaut également quelques critiques.

En définitive, et malgré des positions assumées, un Bellamy peut en cacher un autre. L’habileté du politique prend parfois le pas sur les valeurs du philosophe. Rassembleur intègre ou simple opportuniste ? A voir. Sa souplesse pourrait en tout cas favoriser le réunification de la droite, dont il rêve lui aussi secrètement.

Qu’il parvienne, déjà, à incarner la droite de gouvernement jusqu’aux élections du printemps prochain. A défaut de la faire gagner.