Mais que se passe-t-il au Venezuela ?

Depuis plusieurs semaines, la situation au Venezuela ne cesse de faire parler d’elle à l’international. Des mouvements d’opposition font rage entre les partisans de Nicolás Maduro, président actuel du pays et ceux de Juan Guaidó, leader du parti d’extrême droite « Volonté populaire » qui s’est autoproclamé président par intérim du Venezuela le 23 janvier. À Caracas, capitale du pays, des confrontations entre les deux partis éclatent sans cesse et ont déjà fait plus de 20 morts. Cette crise révèle les problèmes sociaux qui règnent dans le pays depuis plusieurs années et la passivité du gouvernement.

Un retour sur l’histoire du « Chavisme »

Hugo Chávez, c’est le symbole socialiste du Venezuela. Arrivé au pouvoir en 1999, il se réclame du « bolivarisme » et a pour principal objectif le « socialisme du XXIème siècle ». Entre 1999 et 2013, il prendra un grand nombre de réformes sociales désignées sous le nom de « révolution bolivarienne » afin de réduire au maximum les inégalités présentes dans le pays.

Il s’inscrit dans les « nouvelles gauches » d’Amérique latine et rejoint les grands dictateurs révolutionnaires. Il va dès son arrivée au pouvoir se désigner comme Anti-américaniste et va se rapprocher pour cela des puissances comme la Russie ou la Chine. La grande force du Venezuela, c’est le pétrole. Il est le premier détenteur de pétrole au monde devant l’Arabie Saoudite. Selon les dernières estimations de l’OPEP (fin 2010), les réserves en pétrole du pays atteindraient 296,50 milliards de barils. Chávez utilise donc l’argent du pétrole pour ses réformes, faisant baisser significativement la pauvreté dans le pays. La côte du dictateur est au plus haut chez les classes modestes.

Le dirigeant tente de relever le pays mais les ressources pétrolières sont insuffisantes et les réformes sociales inefficaces. En effet, le pays est victime de corruption, de fuites de capitaux etc. La réputation d’instabilité qui règne en Amérique latine est réelle, le Venezuela devient en 2012 totalement dépendant de ses ressources pétrolières. À partir de ce moment, Hugo Chávez se rend compte du réel problème économique de son pays. Il tombe malade et succombera du cancer en mars 2013. Pour les habitants du pays, c’est un réel choc car ils ont perdu leur chef. Ils se demandent qui pourra succéder à cet icône socialiste. Un mois après sa mort, c’est donc Nicolás Maduro du PSUV qui gagne les élections et prend la tête du gouvernement. 

Un cadeau empoisonné pour Maduro

Quand il arrive au pouvoir, il découvre un pays endeuillé par la perte de son leader mais qui est surtout frappé par de grandes difficultés sociales. Le pays étant dépendant de ses ressources pétrolières, la chute du prix du baril du pétrole en 2014 engendre des conséquences catastrophiques pour le pays. Par ailleurs, le Venezuela est dépendant des importations ce qui n’arrange pas son cas. Tous ces problèmes provoquent une pénurie alimentaire gravissime dans le pays. La nourriture n’est pas assez présente sur le territoire, il faut parfois jusqu’à 35 heures de queue par semaine aux Vénézuéliens pour pouvoir faire leurs courses. Une étude universitaire a également prouvé qu’en 2017, ils ont perdu en moyenne 11 kilos. Résultat, de nombreux habitants sont obligés de se tourner vers le marché noir ou de traverser la frontière colombienne pour acheter de quoi se nourrir. L’étude montre aussi que le pays, autrefois l’un des plus riches d’Amérique latine, compte 87% de pauvres en 2017 contre 82% en 2016 et 48% en 2014. Le Venezuela n’arrive donc pas à se relever de la grave récession qu’il connaît. Ces terribles statistiques expliquent en partie la montée en puissance de l’opposition qui remporte les élections législatives en 2015.

La cohabitation est impossible

Logiquement, l’opposition souhaite le départ de Nicolás Maduro. Cependant la Cour Suprême soutient le président et le protège. Elle rend inefficace les actions du législatif et autorise même le gouvernement à attaquer en justice ses députés. Cette réforme provoque une protestation jamais vu jusque-là. Au sein même de son parti, Maduro voit plusieurs de ses proches marquer leur désaccord.

Néanmoins une nouvelle réforme va mettre le pays en feu. Le gouvernement utilise une procédure pour rendre l’opposant Henrique Capriles inéligible pendant 15 ans et donc, inéligible pour les élections de 2018. Le reste de l’année connaît de grands rassemblements et de grands affrontements.

Le 23 janvier dernier, Juan Guaidó, président de l’Assemblée Nationale du Venezuela s’est autoproclamé président par intérim du pays. Depuis ce jour, c’est la bataille médiatique entre les « deux présidents ». De nombreuses manifestations sont recensées dans tout le pays et la population est divisée. En outre, à force de faire parler de lui, Maduro a de plus en plus de mal à tenir le cap. C’est un combat sans fin entre les deux protagonistes.

Juan Guaidó s’impose à l’international

Dès le 23 janvier, Donald Trump rejoint Juan Guaidó en le reconnaissant comme chef d’État par intérim. C’est le début d’une nouvelle ère puisque c’est la première fois depuis longtemps qu’il y a des relations entre le Venezuela et les États-Unis. Le chef de la Maison Blanche qui soutient fermement l’opposition a également annoncé « qu’une intervention militaire est une option ». Washington a donc pris sous son aile ce pays en crise et contrôle la situation via la Colombie, pays allié des USA. On attendait impatiemment la réaction de l’Europe et ils ont été nombreux à répondre. En effet, une vingtaine de pays dont la France a reconnu Juan Guaidó comme président légitime par intérim et souhaite l’organisation d’élections au plus vite. Le président français, Emmanuel Macron veut s’inscrire dans cette crise Vénézuélienne et a rencontré plusieurs membres de l’opposition pour gérer au mieux la situation. Selon Jean-Yves Le Driand, ministre des affaires étrangères français , l’opposant vénézuélien est légitime car le président Maduro « refuse d’organiser des élections qui seraient de nature à clarifier la situation ». C’est donc une prise de position claire, la France soutient l’opposition comme beaucoup d’autres gouvernements et on voit mal comment Maduro pourrait renverser la situation.

Cette crise Vénézuélienne soulève de nombreux problèmes économiques et sociaux. Le Chavisme peut-il survivre sans Hugo Chávez ?