Serons-nous bientôt antisémites ?

Au beau milieu de la désolante période que vit la France, où le déferlement de la haine anti-juifs rappelle les heures les plus sombres de l’Hexagone, surgit dans le débat public la question controversée de l’antisionisme.

Quelles différences ?

Lors du dîner annuel du CRIF, représentant la communauté juive de France, Emmanuel Macron a annoncé sa volonté d’intégrer l’antisionisme dans la définition française de l’antisémitisme. Mais en réalité, quelle est la différence entre ces deux termes dans la langue française ? Dans le Larousse (plutôt fiable donc), l’antisémitisme est une « doctrine ou attitude systématique de ceux qui sont hostiles aux juifs et proposent contre eux des mesures discriminatoires. » Ainsi, une injure publique antisémite (ou tout simplement raciste) peut faire encourir à celui qui la profère une peine de prison allant jusqu’à un an, ainsi qu’une amende pouvant atteindre 45.000€. Dans les cas extrêmes, le tag d’une croix gammée est lui punissable d’une peine de prison pouvant atteindre 5 ans.

L’antisionisme (toujours d’après notre ami Larousse) est lui considéré comme l' »hostilité à l’existence ou à l’extension de l’État d’Israël. » En d’autres termes, il s’agit de contester la politique expansionniste mise en place par l’État d’Israël aux dépends des territoires et peuples alentours, avec en première ligne la Palestine. Rien de très religieux dans cette contestation donc, qui vise surtout les agissements des dirigeants de ce pays. Vous comprenez la différence ?

L’antisionisme, l’arbre qui cache la forêt ?

Cependant, comme l’ont souligné de nombreux hommes politiques français, l’antisionisme occupe une position ambigüe depuis quelques temps, et est souvent utilisé comme la vitrine légale de l’antisémitisme pour des individus antisémites. Ainsi, avec notamment les propos polémiques de l' »humoriste » Dieudonné, la frontière s’est considérablement rétrécie. Preuve de son antisémitisme, il a fait monter sur scène durant un de ses spectacles le négationniste Robert Faurisson et lui a fait remettre un prix par un assistant déguisé en déporté avec une énorme étoile jaune. Et la liste est encore longue…

Là où Dieudonné a rapproché antisémitisme et antisionisme pour l’opinion publique, c’est en se présentant aux élections législatives de 2010 sous l’étiquette du… Parti Antisioniste, aux côtés notamment d’Alain Soral, de Maria Poumier ou de Ginette Hess-Skandrani, tous trois baignant dans le milieu antisémite et négationniste. De ce fait, la cause antisioniste s’est vue largement dégradée. Jusqu’à la qualifier d’illégale prochainement ?

Pénaliser l’antisionisme : un recul démocratique

La majorité présidentielle veut donc se lancer à la poursuite de l’antisionisme, et le pénaliser. Reprenons un peu plus précisément le contexte du sionisme. A l’origine, il s’agit de la thèse de Theodore Herzl qui vise à donner un foyer au peuple juif, dans la foulée de l’affaire Dreyfus (au début du 20° siècle donc). Petit à petit, être antisioniste ne signifiait plus être opposé au principe même d’Israël, mais davantage de contester l’occupation des territoires palestiniens, qui dure depuis 1967 et la fameuse guerre de Six Jours. De ce fait, être antisioniste signifie surtout aujourd’hui être opposé à la politique israélienne qui dure depuis plus de 50 ans, et qui engendre une confrontation disproportionnée (voir les chiffres) qui n’a vu que très peu d’actions internationales. La dernière décennie, avec la présence à la tête d’Israël de Benyamin Netanyahou, et de son parti Likoud, généralement positionné sur l’extrême-droite de l’échiquier politique, est loin d’avoir réduit l’animosité d’une partir de l’opinion publique occidentale (surtout de gauche) concernant les politiques d’Israël.

Preuve de plus (s’il en fallait), nombreux sont les juifs qui se disent antisionistes. Va-t-on les accuser d’antisémitisme ? Va-t-on punir les Neturei Karta, juifs radicalement antisionistes prônant le démantèlement de l’État d’Israël ? Un peu de sérieux. Et comme si ça ne suffisait pas, AgoraVox laisse la paroles à des français de confession juive qui se qualifient d’antisionistes (qui seront bientôt condamnés donc) :

Là où apparaît donc le grand problème de la pénalisation de l’antisionisme en France, c’est qu’il s’agit pour la majorité des personnes partageant cette idée, d’une simple contestation de politiques d’expansions faisant des dizaines de milliers de victimes innocentes. Je me répète sûrement, mais il faut le souligner : pénaliser l’antisionisme, c’est réduire au silence une pensée qui n’est en aucun cas raciste, et donc écraser la liberté d’opinion. 

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