L’évolution des « clichés » du rap

Essayons de réconcilier les amateurs de rap et le Pépère News, difficile mais quand on aime vraiment le rap, on peut.

Violence, misogynie, apologie de la drogue, stupidité, et vulgarité, voilà les cinq majeur clichés du rap, cette « sous-culture d’analphabètes » comme dirait l’autre. À l’heure où le rap est devenu le genre musical le plus écouté en France, il est dommage de voir sur internet ou ailleurs des stéréotypes moyenâgeux.

La violence a toujours été au cœur de toutes les formes d’art, que ce soit dans la littérature, le théâtre ou encore le cinéma (qui est sûrement le plus violent d’entre tous). Mais alors, pourquoi une scène de cinéma aussi violente soit-elle va toujours être plus légitime qu’une punchline de Fianso ? C’est là le problème de fond. Le rap vient de l’étranger, il est réaliste donc violent et dur et il s’adresse aux reclus de la société comme les jeunes de banlieue. Même si bien sûr le rap s’étend maintenant à tout le monde (cf rap de yencli). C’est là que le rap perd sa légitimité. C’est une forme d’art, qui délivre un message ou non, mais qui ne doit pas être considérée comme illégitime.

De plus, la violence et la vulgarité ont un effet revendicatif, on fait mieux passer un message par une phrase percutante et crue. Et le rap en est sûrement le meilleur exemple. Sa violence lui permet d’attirer l’attention sur des enjeux de société mais aussi pour les artistes d’exprimer leur rage. L’agressivité va d’ailleurs plus s’extérioriser dans l’attitude et le flow que dans les paroles. Kalash Criminel, Sofiane ou Médine en sont les meilleurs exemples. C’est comme ça que le rappeur va donner de l’énergie et de l’impact à son texte. Bien sûr il existe des rappeurs qui revendiquent cette violence. Il s’agit du gangsta rap de Tupac et The Notorious BIG dans les années 90 par exemple. Il existe aussi en France, Kaaris et Booba par exemple se l’attribuent mais ces derniers mettent de la distance entre leurs « personnages » et la réalité. C’est du divertissement. Et c’est cette distance que le public a parfois du mal à cerner, un public jeune par exemple va avoir du mal à distinguer le fond et la brutalité de surface. Ils contribuent alors malgré eux à banaliser la violence.

Seulement, ce n’est plus du tout ce genre de rap qui règne de nos jours. Il fait partie des sous-genres et il n’y a plus de rap dominant aujourd’hui. De plus, il n’y a pas de rap game brutal d’un côté et de rap conscient de l’autre. Le rap est un ensemble, le caractère « conscient » d’un texte dépend de l’appréciation du public, dénoncer l’animosité peut passer par un message clair antiviolence comme le ferait Kery James ou alors par la violence elle-même comme Kalash Criminel (encore lui). Et il ne faut pas forcément parler de la faim dans le monde ou dénoncer la pédophilie pour faire du rap « conscient ».

Kalash Criminel, rappeur violent et « conscient »

Les problèmes de la violence et de la vulgarité sont maintenant réglés, reste alors la misogynie. Le sexisme ne perdure pas dans le rap, non. À l’image de l’homophobie, il tend à disparaître. Dans les années 90, la plupart des rappeurs se disaient ouvertement homophobes. Mais depuis quelques années, et après des prises de position contre l’homophobie de piliers du rap comme Kanye West ou Nekfeu en France, les textes s’attaquent de moins en moins aux homosexuels. Dans les clips, le rôle des femmes ne se cantonne plus à « bout de viande » ou « objet sexuel ». Il faut aussi rappeler que ce ne sont pas les rappeurs qui ont inventé les filles en string dans les clips : que penser des Claudettes ? Étaient-elles mieux considérées ? Les rappeurs sont de plus en plus nombreux à défendre les femmes et leur condition. Et le rap de loveurs prend de l’ampleur. Mais ce qui change vraiement la donne aujourd’hui, c’est l’émergence d’une véritable scène féminine dans le rap aux States comme en France.

La rappeuse américaine Saweetie en live

Le rap n’a jamais été aussi mainstream et chacun peut aujourd’hui trouver son compte. Ce résultat est le fruit d’un long processus d’évolution, et penser que le rap est violent, sexiste ou homophobe sans argument revient à insulter ce processus et le rap lui-même.

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