Glucksmann, la nouvelle égérie de la gauche

Et si la gauche de demain, c’était lui ? Fraîchement désigné comme tête de liste aux Européennes par le conseil national du Parti Socialiste, Raphaël Glucksmann semble être en passe de devenir son nouveau fer de lance. En pleine reconstruction, les socialistes ont décidé de rejoindre le co-fondateur de Place Publique, parti politique de gauche, pour la bataille des Européennes. Sage décision ou fausse bonne idée ? Éléments de réponse.

Glucksmann of the year ?

Né en 1979 à Boulogne-Billancourt, et élevé dans les beaux quartiers de Paris par un père philosophe et militant socialiste, Glucksmann fils était prédestiné à connaître les affres de la politique. Beaucoup moins, en revanche, à emprunter un chemin aussi tortueux pour y parvenir. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a plusieurs cordes à son arc. Ou plutôt à sa plume. Documentariste et réalisateur (Tuez les Tous !, documentaire sur le génocide rwandais), il est aussi essayiste (Les Enfants du vide). Il a également dirigé le Nouveau Magazine Littéraire, qu’il a finalement quitté pour des divergences à propos du traitement réservé au Président de la République. Mais avant tout, « RG » est engagé. Pour les victimes, par ses travaux sur le génocide des Tutsis. Pour l’éducation, par le biais de son implication dans l’association Études sans frontières. Pour la politique étrangère, via son étroite collaboration avec le président géorgien Mikheil Saakachvili (on se contentera de « Micha », son surnom). Pour son pays, à travers le mouvement politique qu’il a participé à fonder, et dont il est le principal meneur, Place Publique.

En dehors de son parcours chaotique, on en sait peu sur ce néo-politique de 39 ans. Plutôt discret jusqu’à peu dans les médias, il est encore dans un relatif anonymat en dehors de la capitale, tout comme son mouvement. Bobo assumé, il a lutté contre l’étiquette « fils de » qui lui collait à la peau. « Pas un fardeau » pour autant d’être l’enfant d’André Glucksmann, ex-maoïste, avec qui il a écrit Mai 68 expliqué à Sarkozy. Sans grande hésitation, on peut dire de lui qu’il semble appartenir à une nouvelle génération politique, moins carriériste, plus pressée. De ceux qui ne reculent devant rien, indépendants, ambitieux. En un mot : prometteur.

Glucksmann ne se fond pas dans la masse, c’est indiscutable. Son rêve absolu, en revanche, n’a rien de surprenant. Rassembler la gauche, voici le fantasme du compagnon de l’omniprésente journaliste politique, Léa Salamé. Ce projet fou, audacieux, presque impossible, il l’assume : « J’ai un rêve ! Celui de rassembler les mouvements afin de proposer une seule offre politique à gauche ». Ce discours à la Martin Luther King, prononcé à l’occasion de son premier meeting estampillé Place Publique, a trouvé un écho dans les locaux du Parti Socialiste. De là à devenir lui aussi un héros de la nation, ça reste à voir.

Raphaël Glucksmann, co-fondateur de Place Publique.

Attention, danger !

Le nom Parti Socialiste n’est désormais plus une bannière de rassemblement. Les partis Génération.S (Benoît Hamon) ou encore Europe-Écologie Les Verts (Yannick Jadot) pèsent désormais eux aussi à gauche, et leur voix compte au chapitre. Problème, les socialistes ne chantent plus en cœur. Dernier épisode en date : le ralliement du PS aux côtés de Raphaël Glucksmann pour les élections européennes, dénoncé tant par Hamon que par Jadot. En surface, leurs micros-partis ont plus des allures de concurrents que d’alternatives. En profondeur aussi. Ce qui va compliquer la tâche de Glucksmann : réunir la gauche, comme l’avait fait en son temps un certain François Mitterrand.

Peu importe pour les anciens pensionnaires de la rue de Solférino. Même si se ranger derrière un mouvement nouveau-né, pour un parti centenaire, est incontestablement un aveu d’échec. Tous derrière Glucksmann, et en avant toute ! Tant pis si cela tue l’ex-SFIO. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Malgré la rationalité apparente de ce choix, et la garantie d’une liste comportant pour moitié des candidats estampillés PS, il s’agit d’une humiliation supplémentaire. Lamentable perdant à l’élection présidentielle de 2017, tout comme aux législatives de la même année, le parti s’enfonce progressivement dans son échec. Et l’alliance passée avec Place Publique n’est ni plus ni moins qu’un coup de pelle supplémentaire dans le tombeau du Parti Socialiste.

Pourtant, à l’heure des divisions et de l’explosion de la gauche, il est désormais temps de la jouer collectif. Le rassemblement de la gauche ne se fera qu’au prix d’un chamboulement total du paysage politique socialiste. Quid des Parti Socialiste, Génération.S, EELV, PCF ? Difficile à dire. Mais une chose est sûre : ceux qui veulent conserver leurs petits intérêts politiciens au détriment de la « résurrection socialiste » sont condamnés. Priorité au rassemblement. Quel qu’en soit le prix.

Désormais, c’est donc à Glucksmann que revient cette lourde tâche. Reconstruire la gauche, malgré les volatilités de chacun. Mais pas n’importe laquelle : une gauche humaniste, profondément européenne, régénératrice, non mélenchoniste, et qui lutte contre le libéralisme et le nationalisme. Le défi paraît presque insurmontable. Ses leaders qu’il veut rassembler sont cordialement ennemis, et la défiance vis-à-vis de la classe politique est à son paroxysme. Son inexpérience et son manque de légitimité, eux aussi, pourraient bien lui mettre des bâtons dans les roues. Mais on n’a rien sans rien, il le sait, et n’a pas hésité : « si je crois sincèrement dans ce que je dis, alors je suis obligé de me jeter à l’eau ». Attention, toutefois, à ne pas se noyer.

Sur le plateau de « C l’hebdo » (France 5)

Après plusieurs années de vaches maigres, le Parti Socialiste se retrouve face à un nouveau défi de taille, et c’est à Glucksmann qu’il confie ses chances. Un militant du rassemblement socialiste, qui en a fait son cheval de bataille. Mais en réalité, c’est toute la gauche qui est face à son destin. Qui semble désormais binaire : s’allier ou mourir.

Tout comme Bellamy incarne un certain rassemblement à droite, Glucksmann porte les espoirs de celui de la gauche. A lui de ne pas décevoir. Bon courage !