L’En Avant Guingamp est-il condamné ?

Le club breton, 18ème du classement du championnat de France, semble très proche de la relégation. Une descente en Ligue 2 qui serait un véritable coup de massue pour les rouge et noirs, tant sur le plan sportif que financier. Cinq ans après avoir retrouvé l’élite, au terme d’une folle remontée qui aura vu l’EAG passer du National (troisième division) à la Ligue 1, les Costarmoricains sont au bord du gouffre. Le licenciement d’Antoine Kombouaré, en novembre dernier, en est la preuve. Alors que la saison touche bientôt à sa fin (plus que 9 journées), l’avenir du club est-il scellé ?

L’En Navrant Guingamp

Après plusieurs saisons séduisantes, marquées notamment par une victoire en Coupe de France en 2014 et une campagne européenne l’année suivante, Guingamp est en grande difficulté. Malgré l’arrivée de Nolan Roux cet été, la saison 2018-2019 est un véritable cauchemar du côté breton. Le dix-huitième du classement est à 7 points du premier non-relégable, le SC Amiens. Rien de bien rassurant, tant les Amiénois sont réputés pour leur férocité dans l’adversité, et leur capacité à se réveiller au moment propice. Juste devant, en seizième position, l’AS Monaco de Leonardo Jardim. L’équipe du Rocher semble irrattrapable, propulsée par le retour du coach portugais et par son recrutement hivernal cinq étoiles.

Malgré sa remontée toute fraîche devant Caen (20ème) et Dijon (19ème), L’En Avant Guingamp semble bien isolé dans la zone rouge. Depuis la reprise en janvier, et hormis deux victoires, notamment face à ses rivaux bretons du Stade Rennais, l’EAG ne comptabilise que des défaites en championnat. Dont une humiliation subie face au PSG, sur le score de 9 à 0. Seule éclaircie : leur parcours en Coupe de la Ligue. Après avoir éliminé le club de la capitale en quarts de finale, les bretons ont sorti au tour suivant les Monégasques au bout du suspense, à l’issue d’une séance des tirs aux buts. Malheureusement, la finale au Stade Pierre-Mauroy de Lille, fin mars, pourrait bien être leur dernier fait de gloire parmi l’élite.

Le jeu pratiqué par l’équipe bretonne, lui aussi, n’a rien d’attirant, bien au contraire. Plus faible attaque du championnat avec 19 buts inscrits, elle est aussi la pire défense avec 51 buts encaissés. Des statistiques exécrables qui paraissent sceller son destin en Ligue 1, et qui ne sont même pas compensées par la qualité du jeu pratiqué, tant les déchets techniques et les mauvaises constructions assombrissent le tableau.

Concrètement, Guingamp paye aussi tout simplement un début de saison catastrophique, ayant entamé cette dernière par six défaites de rang. Un départ aux allures de condamnation : depuis le passage de la Ligue 1 à 20 clubs, aucun d’entre eux n’a réussi à se maintenir après avoir subi cinq revers d’entrée. Dernier exemple en date : Arles-Avignon. Un parcours exceptionnel (passant de la quatrième à la première division) pour ce club des Bouches-du-Rhône, désormais tombé aux oubliettes. Toute comparaison serait purement fortuite. Ou pas…

Scène de joie après la séance de tirs aux buts victorieuse en coupe.
Une scène rare cette saison.

Impossible n’est pas breton

En dehors des apparences, le tableau n’est pas si sombre. Aussi fou que cela puisse paraître, après une saison cataclysmique, les guingampais semblent renverser la vapeur. La nouvelle instauration de barrage pour le premier relégable, en l’occurrence l’EAG, leur permettent d’y croire. Si Guingamp parvient à conserver sa dix-huitième place d’ici la fin de la saison, ils devront affronter le troisième de deuxième division (actuellement: Lorient), pour une place dans l’élite. Un match aux allures de dernière chance pour les bretons. Le recrutement hivernal, de qualité, joue sans doute un rôle dans cette folle remontée. Parmi les nouvelles recrues, deux joueurs de Sunderland (Djilobodji, Ndong) ont rejoint les rangs rouge et noir afin de consolider la défense et le milieu de terrain. Des arrivées qui pourraient changer la donne, et apporter un peu d’oxygène. En attaque, l’EAG peut toujours compter sur son intenable Marcus Thuram (souvent la seule lumière dans la nuit guingampaise), auteur de 40 % des buts de son équipe.

Le retour de Jocelyn Gourvennec, l’artisan de la remontée en 2013, est lui aussi un véritable motif d’espoir. Le meneur d’hommes, appelé à jouer les pompiers de service, n’a que quelques semaines pour retourner la situation et métamorphoser ses joueurs, sous peine de retrouver la deuxième division. Mais son passé au club et les succès qu’il y a connus peuvent permettre aux supporters d’aspirer au maintien.

Et si ces supporters, justement, étaient l’arme secrète de l’EAG ? Ces fidèles de la première à la dernière heure, transformant le modeste stade du Roudourou en un véritable chaudron lors de chaque réception, pourraient bien être un atout majeur dans la remontée bretonne. Alors que leurs voisins du Stade Rennais viennent de tomber avec les honneurs face aux anglais d’Arsenal, en Coupe d’Europe, rien n’y fait. La mauvais passe de leur équipe qui se prolonge semble sans effet sur leur ferveur. Plus que jamais, ils poussent l’En Avant et croient fermement au maintien. Les plus passionnés d’entre eux vont même jusqu’à réaliser des graphiques de leurs mains, à l’aide de statistiques, pour démontrer que rien n’est perdu, que tout est possible. Ou lorsque le fanatisme rencontre le football, pour la plus grande richesse de ce sport.

Malgré ses nombreuses difficultés, Guingamp peut encore y croire. Avec un calendrier plutôt clément jusqu’à la fin de la saison, les Rouge et Noir devront impérativement conserver leur place de premier relégable, pour accrocher les barrages. En avant, Guingamp !

 

Marcus Thuram, fils de Lilian, porte l’EAG à bout de bras.

Même si l’avenir du club semble en suspens, l’espoir est permis. Les avis divergent, les pronostics aussi. Une chose, en revanche, ne souffre d’aucune contestation : l’En Avant Guingamp est un club familial, rural, authentique. Un des derniers représentants du foot hexagonal traditionnel au sein de la Ligue 1. Sa relégation serait, inévitablement, une grande perte pour le football français. Une ville de 7000 habitants, avec un stade toujours rempli de 19 000 inconditionnels du club, est plus qu’un emblème : c’est un modèle. Pour que vive la France, vive l’En Avant !