Dumbo : le retour de Tim Burton ?

Le réalisateur avec le quotient amour/haine le plus étrange est de retour dans une superproduction Disney. Accusé de manque d’inspiration depuis maintenant quelques années, il a dû essayer de s’imposer devant l’immense machine aux grandes oreilles. Pari réussi ?

Un univers à part

Depuis toujours « Tim l’excentrique » possède cette réputation d’extraterrestre d’Hollywood. Seulement, après un début de carrière loin des gros systèmes de production dans les années 90, le réalisateur se met à dériver peu à peu vers une aseptisation de ses films. Les succès planétaires de Beetlejuice, des Batman, d’Edward aux mains d’argent et d’Ed Wood semblent bien loin. Déjà Mars Attacks ! et Sleepy Hollow avaient divisé la critique et les spectateurs mais le sombre épisode de La Planète des singes vient enfoncer le clou sur le cercueil de la créativité. Mais on se rend alors compte que la carrière reconnue du bonhomme, son âge d’or, n’aura même pas duré 10 ans !

Le réalisateur : Tim « le chevelu » Burton

Cette chute de popularité auprès du public doit se relativiser. En effet, Alice au pays des Merveilles n’a pas séduit la critique mais fut tout de même le plus grand succès du fameux Tim qui est toujours une valeur sûre au box-office. Le récent succès de Miss Peregrine et les enfants particuliers a fait croire à son retour en force avant qu’il annonce son prochain film : un remake du célèbre Disney de 1941.

« Petit, je me sentais très mal à l’aise au cirque » – Tim Burton

Manque d’imagination ? Non.

Un remake de Dumbo. Un succès assuré, une prise de risque nulle, une histoire déjà toute faite et un objectif marketing évident. Le film ne partait certainement pas gagnant et l’objectif allait être de taille pour le truculent Tim qui devait s’imposer dans l’énorme industrie Disney. Mais pour le Pépère, le pari est tenu.

Ce qui fait le succès de ses anciens films c’est l’honnêteté avec laquelle l’auteur nous parlait. Burton se sent comme tous ses monstres, comme tous ces exclus de la société. A travers eux, il nous parle de ses sentiments les plus profond face à une société dans laquelle il ne se reconnait pas. L’honnêteté s’était transformée en superficialité aux fil des années et on ne reconnaissait plus l’auteur Burton. Mais, ici, c’est la résurgence des sentiments. Donner de la crédibilité à l’histoire d’un éléphant volant est un véritable tour de force. Une crédibilité qui continue au niveau du casting impeccable et d’une écriture de personnage caricaturale mais bien menée dans le développement (rappelons qu’il n’a eu que peu d’influence sur le scénario).

Dumbo est vraiment beaucoup trop mignon !

Manque d’audace ? Oui et non.

Réel point négatif du long-métrage : sa première demie-heure. Longue, mal rythmée et mal filmée, avec des fonds verts horribles et agressifs. On se dit que la séance risque d’être longue. C’est l’arrivée dans le récit des personnages de Michael Keaton et de la française Eva Green qui va venir tout accélérer. Et là, magie, le spectacle peut commencer. Le film nous offre des instants d’émotions purs dans des décors à la fois grandioses et intimistes. Une photographie et une partition musicale (du fidèle Danny Elfman) qui rattrapent une réalisation pas toujours parfaite et académique par instant. On regrette ce petit manque d’audace dans la mise en scène. En effet, on peut deviner presque tout avant que cela n’arrive et c’est parfois assez frustrant.

Mais le scénario prend également de grandes libertés face à l’original. On a affaire à un véritable remake et pas une copie conforme en live. Un écart qui fait réellement plaisir à voir après un remake du Livre de la Jungle pas nul, mais peu courageux. Au niveau message, le film manque de subtilité mais décrit le fait d’être autant adoré et détesté pour sa différence avec justesse. N’importe qui peut se reconnaître dans les sentiments de ce petit éléphanteau perdu.

Ainsi, si son style n’a pas disparu, il a évolué. Il peut désormais parler autant aux enfants qu’aux adultes. Certes, le macabre est devenu tout public et les monstres mignons, mais la qualité est revenue et ouvre une porte d’espoir sur la suite de la carrière de l’ébouriffant Tim.

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