Politique : place aux jeunes !

Qu’il est loin, le temps des éléphants. Celui des vieux briscards, des Giscard, Chirac et autres Mitterrand. Celui des carriéristes impayables, des vieux croûtons, des vulgaires cumulards. Comme le chantait si bien Casimir aux enfants, qui ont bien retenu la leçon, voici venu le temps de l’ascension de la nouvelle génération. Politique, place aux jeunes !

Les jeunes se mobilisent.

L’HISTOIRE SE RÉPÈTE

On les disait désintéressés de la politique, ne représentant pour eux qu’une chimère agonisante de l’ancien monde. La jeunesse, pourtant, semble reprendre ses droits au sein des affaires publiques. Certains le martèlent, d’autres l’analysent, les plus enthousiastes l’espéraient, les derniers le redoutaient. Quoi qu’on en pense, les faits sont là. La nouvelle génération, telle une gigantesque tornade, parvient à chambouler le paysage politique, à tous ses niveaux.

Avant de nous intéresser à ses preuves concrètes, tentons d’en distinguer ses origines, aussi floues soient elles. Le monde change, et la société avec lui. L’histoire nous montre au cours du temps le dépoussiérage permanent des corps sociaux par les jeunes. Et si l’histoire de toute société politique, contrairement à ce qu’affirmait Marx, n’était qu’une histoire de perpétuel renouveau ? Après tout, la jeune génération, quel que soit son temps, ne vit que pour remplacer les anciens. Le jeunisme à son paroxysme : place aux jeunes ! Les générations vieillissantes ont, elles aussi, leur part de responsabilité. Au cours des dernières décennies, et dans tous les sujets régaliens ou non, elles ont été loin, très loin de faire l’unanimité. Surtout en politique. Mépris de certains sujets d’importance capitale comme l’écologie, ou désintérêt sur de nombreuses questions sociales pourtant si chères aux yeux des français, les anciens ont aussi provoqué leur recul, voire leur perte. Laissant les français avec une piètre image de la politique qu’ils leur ont laissée, ils semblent désormais payer les pots cassés.

Force est de l’avouer, l’âgisme en politique (discrimination envers les personnes âgées) n’est pas pour déplaire à la majorité. Du sang neuf, que diable ! Et la société semble l’avoir bien compris.

LE POUVOIR NE SE DONNE PAS, IL SE PREND !

Aujourd’hui, la jeunesse reprend incontestablement les devants. Le vent en poupe, le « jeunisme » et « l’âgisme » aidants, c’est la génération montante qui s’affirme. C’est le cas déjà, aux niveaux supérieurs du « pouvoir ». Dans le jeu politique, les nouvelles têtes pouponnes remplacent les crânes dégarnis. Le soulèvement populaire en Algérie contre le président Bouteflika en est l’illustration parfaite. Le combat des élections européennes, qui ne fait que commencer, n’en est que plus mordant. A la tête des différentes listes, on trouve des novices en politique non dénués de talent : Jordan Bardella (23 ans, Rassemblement National), Manon Aubry (29 ans, La France Insoumise), François-Xavier Bellamy (33 ans, Les Républicains) ou encore Ian Brossat (38 ans, Parti communiste français). Jamais un tel scrutin n’avait rassemblé autant de candidats vingtenaires et trentenaires. Emmanuel Macron, élu à 39 ans, est, lui, le plus jeune président de la République française depuis… Louis-Napoléon Bonaparte, en 1848 ! Son gouvernement marche sur ses pas : de nouvelles têtes plein les ministères, et souvent dans la force de l’âge. Il en est de même pour les députés. Pour les sénateurs, ça viendra… Ou pas !

La lutte écologique, qui devient un des principaux chevaux de bataille des politiciens contemporains, est menée par une jeune femme de 16 ans, Greta Thunberg. Elle est notamment à l’origine des « friday for future », ces vendredis de grèves générales pour inciter à l’action en faveur du climat. Des mobilisations qui, chose rare, sont unanimement applaudies par les différents acteurs de la vie politique. Si ce n’est pas là une bonne leçon donnée aux anciens…

En d’autres terrains plus traditionnels, la nouvelle génération n’est pas en reste. Les mouvements apolitiques de jeunes, par exemple, se multiplient. Leur volonté : donner la parole à une jeunesse désireuse de s’exprimer, mais à qui on ne laisse pas vraiment la parole. L’engagement, depuis vingt ans, a changé. Il ne passe plus forcément par la prise d’une carte dans un parti ou par l’inscription dans un syndicat. Dorénavant, les jeunes ne suivent plus les codes et se mobilisent indépendamment. L’histoire, inéluctablement, se répète… On murmure même que lorsque l’ancien monde, apeuré, aurait aperçu la jeunesse exaltée à ses portes, il se serait interrogé :

  • Est ce une révolte ?
  • Non sire, c’est une Révolution ! Mais pacifique, cette fois…

ATTENTION, DANGER !

Attention, pourtant, à ne pas céder trop vite aux chants des sirènes de la jeunesse. Bien qu’elle apparaisse comme « la » solution, le scepticisme est forcément de mise lorsqu’on s’apprête à confier de plus en plus les clefs à la nouvelle génération. Certes entreprenante, certes résolue à casser les codes obsolètes du passé sans le renier, elle a pourtant sa part d’ombre, elle aussi. Ne va-t-on pas trop vite, trop tôt ?

Attention, en effet, à ne pas tomber dans la démagogie écologique générale, lorsque plusieurs médias s’expriment de façon euphorique : « les enfants montrent la voie aux parents ». Attention à ne pas confondre renouveau et inexpérience, à ne pas prendre toute nouvelle tête pour porteuse de nouvelles idées. Attention à ne pas placer l’Homme avant les idées, ce serait la source de bien des regrets.

Autant d’écueils dans lesquels il serait si dangereusement facile de tomber et qui marquent la frontière entre jeunesse et nouveauté.

Place aux jeunes !

En politique, la nouvelle génération prend sa place, tel un tsunami bousculant tout sur son passage ou un grand bol d’air frais, au choix. Rien d’étonnant dans cet univers où image et lumière éclipsent peu à peu débats d’idées et actions militantes. La jeunesse conçoit la politique différemment et la bouleverse. Le changement, c’est évident, est déterminant. Mais comme trop belle pour être vraie, la jeunesse en politique n’a donc pas que des bons côtés. Il faudra bien qu’elle compose avec ses aînés. Au risque, sinon, de la voir tomber dans les pièges des plus âgés. Roulez jeunesse !

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