Quel avenir pour le Soudan ?

Comme on a pu le voir récemment sur les réseaux sociaux avec la campagne des « Photos de profil bleues » et la multiplication des aides humanitaires, la situation économique, politique et sociale au Soudan est désastreuse. Chaque jour la population doit supporter le viol de ses femmes, le meurtre de ses hommes, sans savoir de quoi sera fait demain. Mais comment la situation devrait-elle évoluer ?

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout a commencé en février 2003, dans la région à l’ouest du Soudan, celle du Darfour. Un véritable génocide a alors lieu et l’on compte plus de 300.000 victimes. L’endroit a toujours été considéré comme le théâtre de soulèvements et de rébellions depuis les années 1980, pour différentes ressources, notamment l’accès à l’eau (le Darfour est une région qui n’est pas traversée par le Nil et dépend donc des importations), et la redistribution des richesses après avoir découvert des gisements de pétrole dans les années 1990.

Source : Euronews

Pour lutter contre ces révoltes, le gouvernement de l’époque, dirigé par Omar El-Béchir, arrivé suite à un coup d’État en 1989 pour renverser Gaafar Nimeiry après avoir imposé la charria, décide de s’appuyer sur les milices Janjawids, issues des tribus arabes, pour réaliser un véritable nettoyage ethnique dans le Darfour. Région où les noirs non-arabophones subissent discriminations, humiliations et possèdent moins de droits et de ressources que les populations arabes soudanaises. C’est donc à partir de ces interventions que le génocide commença, poussant les noirs Soudanais à se réfugier principalement au Tchad, sous la menace des forces gouvernementales et Janjawids. En 2005, l’ONU qualifie ce génocide de « crime contre l’humanité » et fait intervenir des casques bleus à partir de 2007. Mais ces extrêmes violences n’ont jamais cessé malgré un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre Omar El-Béchir.

Comment la situation a évolué ?

La situation économique du pays a continué de dégringoler, l’inflation se faisait de plus en plus grande, notamment depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, ayant privé le Soudan du Nord d’une grande partie de ses ressources pétrolières et aggravant la situation sociale et géopolitique. De plus, les manifestations continuaient dans les rues de Karthoum et dans le Darfour, le peuple réclamant davantage de garanties économiques, dans un pays où la corruption est plus que présente et où 80% des richesses du pays sont consacrées à la sécurité et aux conflits. Cette situation débouche alors sur une très grave crise humanitaire, où les 40 millions de citoyens subissent une constante hausse des prix dans un pays en proie au terrorisme, et où le gouvernement délaisse sa population. Ainsi, en 2017, trois branches de l’ONU ont déclaré que le Soudan du Sud avait atteint le 5ème niveau d’insécurité alimentaire, synonyme de famine.

Le moyen utilisé par Omar El-Béchir et son gouvernement de justifier cette crise : l’ingérence américaine et internationale, via la présence des occitendaux dans la région afin de se rapprocher des hydrocarbures tout en combattant l’islamisme, notamment dans la région du Darfour. Mais cela ne suffit pas et la population va continuer de manifester pour son renversement, jusqu’à l’obtenir, le 11 avril 2019. Cependant, la répression n’est pas encore terminée. Alors que l’opposition, l’ALC (Alliance pour la Liberté et le Changement) continue son mouvement de « désobéissance civile », l’armée continue de tirer à balles réelles dans les rues de Karthoum, massacrant encore 128 personnes le 6 juin dernier. Désormais, le nouvel homme-clé du Soudan se nomme Mohamed Hamdan Daglo, ancien chef de guerre ayant notamment commandé… dans la région du Darfour. Dirigeant depuis 2013 des RSF (Forces de Soutien Rapide), créées par Omar El-Béchir, il souhaite s’imposer comme figure nationale et incontournable du pays.

Carte du « Monde », montrant la situation de la révolte soudanaise

Comment la situation pourra évoluer ?

Le futur reste donc encore très flou et la situation est malheureusement partie pour durer. Le dialogue semble rompu entre le gouvernement et les manifestants alors que les répressions toujours plus violentes continuent depuis la destitution d’Omar El-Béchir. En effet, l’opposition (ALC) ne parvient pas à trouver d’accords avec le pouvoir en place tandis que la condition des citoyens soudanais s’aggrave, privés d’électricité et d’internet pendant plusieurs jours. De plus, le gouvernement soudanais dispose de nombreux soutiens, notamment l’Arabie Saoudite, alors que les grandes instances internationales comme l’ONU continuent de chercher des solutions et encouragent les négociations. La stabilité ne sera donc probablement jamais acquise, d’autant plus que les ressources naturelles sont souvent sources de conflits, notamment sur la question du pétrole et de l’eau.

Barrages installés dans les rues de Khartoum (AFP)

Mais les actions extérieures à la politique continuent de se développer dans le monde, et les associations humanitaires continuent de leur apporter leur soutien. De plus, de nombreuses personnalités mettent en avant la situation. George Clooney, très engagé sur l’humanitaire, a déclaré vouloir lutter contre la corruption qui gangrène le monde politique soudanais et oriental. Autre acteur pouvant jouer un rôle dans cette grave crise : les réseaux sociaux, où les mouvements réclamant une évolution de la situation continuent de se développer.

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